J’aime fréquenter les restaurants et les bars des grands hôtels qui véhiculent une atmosphère toute particulière. Il en est, comme le Ritz ou le Crillon, qui ont juste ce qu’il faut de léger ennui (et s’ennuyer un peu est devenu un luxe dans notre monde si trépidant…). Il en est d’autres, comme le George V ou Le Plaza Athénée un peu trop ostentatoires dans leur perfection… même si les pâtisseries de Christophe Michalak à la Galerie des Gobelins restent par ailleurs parmi les meilleures de Paris. (Vous aurez remarqué que je suis plus rive droite que rive gauche. C’est peut-être une faute de goût, mais c’est comme ça).
1/ Un palace pour incarner le siècle nouveau
Il en est d’autres enfin qui veulent incarner le palace du nouveau siècle. Façon Royal Monceau, cela donne un saccage très médiatisé et réservé à quelques people éméchés pour détruire tout l’intérieur de l’hôtel. On verra à sa réouverture, dans un an, si la promesse est tenue et si l’hôtel a gagné quelque chose à jeter ainsi sa story aux orties…
Pour ma part, je préfère la façon dont le Groupe Lucien Barrière a procédé avec leFouquet’s Barrière, à l’angle des Champs-Elysées et de l’avenue George V depuis 2006.
Je ne suis pas un grand fan du Fouquet’s – le restaurant - (j’en ai parlé ici) où j’ai parfois été mal placé et mal servi mais je lève en revanche mon chapeau pour le palace qui a été bâti “tout autour”. Quelle façon intelligente de jouer avec sa story !
Dans ce quartier typique des aménagements du baron Haussmann sous Napoléon III et du luxe parisien – on est au coeur du Triangle d’or – , l’architecte Edouard François a dû réunir 5 bâtiments disparates afin de constituer le volume unique du nouvel établissement. Cela a probablement été un cauchemar logistique et architectonique mais le résultat est tout simplement sublime. François a “comblé” les espaces vides avec un trompe l’oeil en béton gris qui n’est ni un pastiche ni une trahison de l’esprit original. Et le coeur du bâtiment achevé est désormais un jardin intérieur, surélevé façon jardins de Babylone, et protégé des bruits de la ville.
Quant à la déco réalisée par Jacques Garcia, elle est d’une grande sobriété… compte tenu de ses précédentes réalisations. On a d’ailleurs pu qualifier le lieu de véritable “palace digital” pour son intégration totale des toutes dernières technologies : les écrans LCD des chambres et suites apparaissent dans les miroirs muraux ou dans les meubles en galuchat : c’est d’une discrétion… spectaculaire !
2/ Des noms pour rendre hommage à une story familiale
Dominique Desseigne, le PDG du groupe, a su jouer avec la story familiale. Le restaurant s’appelle ainsi Le Diane, comme sa femme et héritière de l’empire Barrière. Enfant, elle venait souvent au Fouquet’s avec ses parents. Plus tard, tétraplégique à la suite d’un tragique accident d’avion, elle s’y installait tous les après-midi pour recevoir les habitués. Avoir donné son nom au restaurant du nouveau palace parisien est un hommage et sans doute une madeleine de Proust pour son veuf.
La Galerie Joy, un salon de thé, porte le prénom de leur fille et bien sûr, le bar Le Lucien rend hommage au fondateur du groupe.
Je crois beaucoup dans le fait de “nommer” les lieux (je l’ai beaucoup pratiqué dans ma carrière et j’en ai parlé aussi avec la restauration de Mogador). Si la plupart des clients ne poseront jamais la question de leur origine, d’autres au contraire s’en informeront. Ceux là sauront alors que dans le palace le plus récent et le plus contemporain de Paris, on sait aussi ne pas perdre de vue que tout commence par une story…
Rien d’étonnant donc si depuis quelques mois maintenant, je donne souvent mes rendez-vous parisiens au bar du Fouquet’s Barrière (j’ai quelques autres endroits comme ça où j’aime aller discuter et chacun me raconte son histoire…).
