Après 10 ans de travaux, le Muséum d’Histoire Naturelle de la Rochelle a rouvert ses portes il y a quelques mois à l’occasion d’une nuit blanche artistique qui a obtenu un très beau succès populaire. Pour l’occasion, les responsables avaient choisi de mettre en avant Zarafa, la première girafe arrivée en France et qui y est désormais exposée. Une idée de communication efficace et qui sert déjà de modèle ailleurs.
1 – Une girafe à la mode
En 1826, le pacha d’Egypte décide d’offrir au roi de France une girafe. Dans l’Hexagone, nul n’a jamais vu un tel animal (certains croient qu’il s’agirait du croisement d’un chameau géant et d’un léopard !) et son arrivée à Marseille attire les curieux. L’animal risquant de mal supporter les frimas, il passe l’hiver en Provence. Il mettra encore 6 mois pour monter vers Paris à pied (ou à sabot). Partout sur son passage, les foules se pressent et une véritable « girafomania » s’empare de la France. Enfin le roi Charles X l’accueille aux portes de la capitale.
La folie Zarafa (c’est le nom qu’on lui a donné) dure 3 ans et de nombreux produits « dérivés » apparaissent alors : assiettes décorées, vases, lithographies etc. Puis, comme tout ce qui est à la mode se démode, on l’oublie, ce qui fera écrire à Balzac : « Elle n’est plus visitée que par le provincial arriéré, la bonne d’enfant désœuvrée et le jean-jean naïf. À cette leçon frappante, bien des hommes devraient s’instruire et prévoir le sort qui les attend”. Elle meurt en 1845 dans l’indifférence générale.
2 – L’exemple de la Grande Galerie de l’Evolution
Ne sachant qu’en faire, le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris finit par offrir sa dépouille à celui de La Rochelle (où elle n’était d’ailleurs jamais passée pendant son voyage de 1827).
A quoi sert aujourd’hui un Muséum ? Au delà des visites scolaires “obligatoires”, pas forcément à grand chose, les animaux empaillés poussiéreux ayant beaucoup perdu de leur lustre avec le temps. En tout cas, celui de La Rochelle ne présentait pas grand intérêt. Et après 10 ans de travaux d’une restauration fort coûteuse, sa réouverture aurait pu passer totalement inaperçue.
A l’inverse, celle du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris en 1994 a prouvé qu’on pouvait passionner les foules. Ce n’est sans doute pas très politiquement correct de le dire en ces temps où les créationnistes sont partout mais son concept l’apparente à l’Arche de Noé : 3.000 bêtes à la queue leu leu s’élèvent en spirale dans la nef (même ce terme a une connotation religieuse) centrale. On s’attend à ce qu’elles embarquent sur une autre nef et, advienne le déluge ! La rigueur scientifique en prend symboliquement un coup sans doute mais la muséographie y gagne. En “spectacularisant” la présentation des animaux, La Grande Galerie de l’Evolution raconte une belle histoire.
3 – Une girafe sur les tours de La Rochelle
La Rochelle n’avait bien sûr ni les moyens ni le nombre d’animaux suffisant pour faire la même chose. Mais en elle a retenu l’essentiel. Profitant de la restauration du bâtiment pour procéder aussi à celle de sa girafe, elle a décidé de faire d’elle – que tout le monde avait oublié – la star de sa réouverture. Son profil a été affiché partout en ville, et parfois même taggée sur les murs, projetée sur ces célèbres tours, des articles ont été publiés dans la presse locale, des conteurs de rue ont narré son aventure aux participants de la nuit blanche. Quant à la “vraie” Zarafa, elle trône désormais à l’intérieur, à nouveau dans toute sa splendeur.
Cette Girafe permet donc de personnifier, d’”incarner” le Muséum. C’est une très bonne initiative. A-t-elle le potentiel pour en rester le symbole à plus long terme ? L’avenir le dira. En tout cas, moi qui suis d’ordinaire indifférent aux conservatoires d’animaux morts et taxidermisés, j’ai passé une très bonne soirée (nuit) aux abord du Muséeum, dedans, et dans ses jardins.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’idée a déjà fait florès : pour sa réouverture, après 10 ans de travaux lui aussi, le Muséum de Toulouse a mis en valeur un éléphant issu de ses collections. Malheureusement le Jumbo toulousain ne dispose pas d’une biographie aussi riche que Zarafa. Même entre anciennes gloires empaillées, la concurrence pour capter l’attention du public fait désormais rage !
