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Madonna ou la réinvention permanente

blog-storytelling-madonna250 millions d’albums vendus en 25 ans de carrière, les chiffres donnent le vertige mais le plus étonnant, c’est encore de penser que Madonna vient de fêter ses 50 ans ! De nombreux articles reviennent sur sa carrière hors normes et célèbrent sa capacité de ré-invention permanente. Je vais pour ma part essayer de déterminer les lignes de force de sa story. Comment devient-on Madonna ? Et surtout, comment le reste-t-on ? Un  article à lire en “4 Minutes” bien entendu.

 

 

1 – Material Girl

 

On ne devient pas Madonna par hasard. Elle est l”incarnation du rêve américain. C’est une bosseuse à la volonté de fer, que ce soit pour mener sa carrière, chorégraphier ses shows, sculpter son corps ou encore pour mener les journalistes à la baguette… Le pauvre reporter qui l’interviewe est prié de ne pas lui adresser en premier la parole mais d’attendre le bon vouloir de Sa Majesté qui peut l’ignorer aussi longtemps qu’il lui plaît. (D’ailleurs, la reine d’Angleterre ne fait pas autrement).

 

Faisons grâce à la madone pour son honnêteté. Elle est avide de dollars et elle l’assume.  Dans un pays où le talent se mesure à l’aune des dollars gagnés, elle est forcément très talentueuse (talent tueuse ?). C’est en tout cas la seule artiste à même de “licencier” sa maison de disques, Warner. Elle a apporté à son nouveau partenaire, Live Nation, ses futurs disques, tournées, merchandising et même son fan club contre un chèque estimé à 120 millions de dollars !

 

Pour réussir à gagner beaucoup d’argent en tant qu’artiste, le talent ne suffit pas.On a célébré sa capacité à se réinventer mais on oublie de dire que pour s’imposer d’emblée dans la psyché collective, il faut surtout arriver pile poil au bon moment. Soyez un précurseur et vous ne toucherez que le public d’avant-garde, arrivez trop tard et vous serez un ringard. L’une des raisons pour lesquelles Madonna s’entoure de créateurs plus jeunes qu’elle, c’est leur a laissé le temps de défricher le terrain avant elle. 

 

 

2 – Blond Ambition 

 

Il y a plusieurs sortes de blondeurs : vénéneuse comme Marlene Dietrich, froide comme Grace Kelly ou encore fragile comme Marylin Monroe. Mais celle de Madonna appartient plutôt au style Jayne Mansfield, la “blonde incendiaire”… mais un peu vulgaire du cinéma des années 50. 

 

Celle dont un magazine a fait la sainte-patronne du relooking a en effet toujours préféré le clinquant à la classe et en cela, elle est autant des années 80 que de notre époque si bling-bling. Comme elle le dit :la célébrité est un produit dérivé de mon travail, et pas autre chose. Elle n’est pas une source d’inspiration”. Madonna connaît les codes du système et elle en joue à merveille, que cette attitude soit naturelle (un peu sans doute) ou travaillée (beaucoup).



3 – Sticky and Sweet


En tout cas, Madonna, c’est la réconciliation des contraires : la mère aimante qui écrit des livres de chevet pour ses enfants et ceux qu’elle adopte ET l’exhibitionniste en costume à pointes mammaires qui embrasse sur les lèvres les autres chanteuses et se caresse sur scène. 


En réalité, le sexe est un faux sujet de controverse qui, contrairement à l’idée qu’on s’en fait chez nous, ne touche plus aux Etats-Unis qu’un minorité bigote (il suffit de regarder les séries de HBO pour s’en convaincre). Sur les vrais sujets qui fâchent, Madonna est beaucoup plus consensuelle qu’elle n’aime à le faire croire.


Favorable à l’IVG, elle laisse entonner “Papa Don’t Preach” par les associations anti-avortement. “Material Girl” peut être lu comme l’apologie cynique du matérialisme contemporain… ou comme sa critique ironique. Et quand elle lance une grenade en direction de George Bush dans le clip de “American Life”, elle censure judicieusement ce passage dans ses diffusions américaines dès les premiers remous, afin de ne pas se mettre à dos le public US. 


Douce et dangereuse? Peut-être… Ou alors ma musique Ou alors la vie ? Ou alors les friandises (“Hard Candy”)? C’est vous qui choisissez”. Comme Janus, elle est double et du coup, à bien y réfléchir, en disant tout et son contraire les effets s’annulent, un peu comme en mathématiques le “+” et le “-”. Si Madonna était vraiment provocante, elle dénoncerait la NRA, le lobby des armes. Pour le coup, ce serait autre chose que de mimer une masturbation sur scène ! 



4 – A League Of (Her) Own

Mais ce qui prouve au final qu’est plus qu’une machine bien huilée, qu’elle est humaine, ce sont ses doutes et ses échecs. Depuis Recherche Susan Désespérément, elle attend le rôle qui fera d’elle une star de cinéma comme elle l’est dans la chanson. Mais ni Dick Tracy ni même Evita n’ont été les succès qu’elle espérait. Et encore s’agissait-il là de bons films, car pour les navets, elle s’y entend aussi (vous souvenez-vous de Shanghai Surprise ou de Groom Service ? Non ? N’ayez pas de regrets…)

C’est que la madone cache derrière la cuirasse une fragilité réelle. Elle balaie du revers de la main les interrogations sur le temps qui passe – “c’est rasoir de me parler de mon âge. Rasoir. Question suivante !” – précisément par ce que cela l’angoisse. D’où ses incursions hors de la pop dans la musique électro, le R&B ou le hip hop. En changeant de style musical, en changeant de look tous les deux ans, elle ne laisse à personne le soin de la ringardiser. Au moment où elle pourrait devenir “out”, elle est déjà ailleurs, elle s’est déjà inventée une nouvelle incarnation. Madonna ou la ré-invention permanente.

C’est aussi pour cela qu’elle s’entoure d’artistes qui ont l’âge d’être ses fils – Justin Timberlake, Timbaland, Pharell Williams pour ne citer que ceux de son dernier album, Hard Candy – parce qu’ils lui renvoient une image de sa propre jeunesse. Lutter contre le temps qui passe est un puissant ressort artistique.

En cela nous lui ressemblons. En France, Madonna est une artiste NRJ, vous savez cette radio qui n’est plus beaucoup écoutée par les jeunes mais par ceux qui pensent toujours l’être. De la même façon, elle est avant tout l’idole de ceux qui la suivent depuis 25 ans. Elle nous tend un miroir dans lequel nous aussi nous voulons voir l’image de notre propre jeunesse. Y parvenir avec une telle constance depuis 25 ans est sa plus grande réussite. Et notre plus grande illusion ?

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Un commentaire sur “Madonna ou la réinvention permanente”

  1. la fee dit :

    avez-vous egalement vu « In bed with Madonna » filme par Alek Keshishian ? egalement tres instructif sur la madonne et un peu de sa story aussi. bon j’arrete la l’exploration du blog, c’est le wek end et a chaque semaine suffit sa peine. un tres bon week end a vous.

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