Cérémonie d’ouverture des J.O. : quel bénéfice pour la Chine ? | le blog du storytelling le blog du storytelling

Cérémonie d’ouverture des J.O. : quel bénéfice pour la Chine ?

 

 

Pourquoi revenir sur un événement déjà couvert par tous les médias et dont – qu’on soit pro-tibétain comme une écrasante majorité d’intervenants ou pro-chinois – tout semble déjà avoir été dit ? Parce que j’espère que cette analyse sortira des sentiers battus. Ce qui m’intéresse ici c’est l’efficacité ou non d’une telle cérémonie pour atteindre les objectifs que la Chine s’est fixée : être reconnue comme une grande puissance et améliorer son image par l’utilisation de sa story. 

 

 

1 – Une superproduction hollywoodienne

Le choix d’un metteur en scène de cinéma est une vraie nouveauté… au moins depuis 1960 quand Walt Disney en avait fait de même pour les J.O. d’hiver de Squaw Valley en Californie. Le choix de Zhang Yimou (Epouses et concubines, La Cité interdite…), dont les films ont beaucoup de succès également en Occident, est donc significatif. Notons que la présence de Steven Spielberg – dans un rôle plus honorifique que réel de “conseiller” – était aussi sensée “parler” aux spectateurs du monde entier mais ila claqué la porte il y a 6 mois. Contrairement à ce qu’on peut lire aujourd’hui, cela n’avait rien à voir avec la situation au Tibet (les événements sont postérieurs à sa décision) mais avec celle au Darfour. 

 

Quoiqu’il en soit, Yimou a travaillé son projet comme une superproduction hollywoodienne avec plus de 10.000 figurants et des spécialistes des effets spéciaux comme le scénographe Yves Pépin (Coupe du monde 1998, Tour Eiffel an 2000, Le Lac aux images au Futuroscope…). Même le budget – on parle de 100 millions de dollars – est celui d’un “blockbuster” américain.

 

On peut d’ailleurs analyser le succès de la cérémonie d’ouverture comme on le ferait du box-office d’un film avec ses 4 milliards de téléspectateurs, dont 800 millions en Chine seule ! Mais le principal apport du metteur en scène de cinéma est sa conviction qu’il faut un bon scénario, une story.Habituellement, ce genre d’événement est confié à un scénographe ou à un chorégraphe (on se souvient de Philippe Découflé à Alberville en 1992) et aussi beau que soit le spectacle, on s’ennuie souvent ferme parce que cela ne nous “parle” pas, cela ne raconte pas d’histoire.

 

2 – Il était une fois  la Chine

La Chine a donc fait le choix d’une cérémonie “pédagogique” : bien consciente que le monde sait finalement peu de choses d’elle, cet événement était l’occasion d’offrir en 50 mn (le reste des 3 heures étant consacrée aux très longs et assez peu intéressants à mon goût défilés des équipes nationales) un cours de rattrapage sur son histoire. 

 

De l’Antiquité confucéenne jusqu’aux taïkonautes de la conquête spatiale en passant par une liste des inventions que le monde leur doit (le papier, l’imprimerie, la boussole etc.), les Chinois nous ont offert une fête pour les yeux et pour l’esprit. Et au passage, nous ont rappelé qu’ils ont inventé la poudre et qu’ils demeurent les maîtres incontestés des feux d’artifice. 

 

L’avez-vous noté : la seule période de l’histoire qui a été gommée est celle de l’instauration de la république populaire et des années Mao ? 

 

3 – Un univers de symboles

Car on est dans les signes et celui du grand timonnier n’était peut-être pas celui que la Chine avait le plus envie de montrer au monde… Ainsi a-t-elle préféré jouer avec les symboles chinois qu’affectionnent les Occidentaux : la cérémonie a débuté à 8h08 le 08/08/2008, moins par superstition comme on l’a dit que parce qu’elle savait qu’elle s’assurait là une publicité et une visibilité maximales. 

 

Et pour que le message soit bien compris – le temps des jeux est le temps de la trêve -, elle a utilisé le plus chinois et par là le plus universel de ses symboles, Confucius. Des milliers de danseurs ont chorégraphié avec leur corps cette jolie maxime “N’est-ce pas un bonheur d’avoir des amis qui viennent de loin ?”.

 

Et lorsque la star locale du basket devenue porte drapeau ferme la marche des délégations en compagnie d’un enfant, miraculeux rescapé du récent tremblement de terre au Sichuan, la Chine ne prouve-t-elle pas qu’elle a tout compris de la façon dont on manie (ou manipule) les symboles qui plaisent aux Occidentaux ? 

 

4 – Quel bénéfice en tirera la Chine ?

Il sera donc intéressant de voir dans de prochains sondages dans quelle mesure cette cérémonie d’ouverture contribuera à donner une meilleure image de la Chine. 

 

Ma conviction est que ce sera le cas. Lors du passage de la flamme olympique, elle avait perdu la bataille de l’image, même si cette dernière était déjà bien écornée (contrefaçons, produits manufacturés par des enfants ou des prisonniers, jouets dangereux pour les consommateurs etc.). A ce moment là, elle aurait pu (dû ?) réagir par une grande campagne de relations publiques sur les marchés où elle était le plus attaquée. Mais elle a fait le pari – que je ne lui aurais certes pas conseillé – de ne pas venir à la rencontre des opinions publiques, de faire le gros dos et de tenter de reprendre le contrôle depuis Pékin. Autrement dit, elle a tout misé sur le succès des Jeux. Pari risqué donc mais – semble-t-il – gagné (attendons cependant que les J.O. soient terminés pour se prononcer). Je pense que les opinions publiques ne sont pas toutes aussi concernées par la condition tibétaine que les médias le pensent. On verra bien. 

 

A plus long terme cependant, la mise en scène pharaonique de la cérémonie d’ouverture me semble illustrer un autre risque pour l’image de la Chine. Certes, le monde entier est ébahi par tant de beauté mais comme l’a décrypté la sinologue Valérie Niquet (chercheuse à lFRI) sur France Info, on est finalement peu surpris. On s’attendait à ce qu’une dictature sache manier des foules avec autant de maestria. Quel autre pays aurait pu réquisitionner 600.000 “volontaires” pour l’organisation d’un tel événement ? Autrement dit, si la perfection n’est pas de ce monde (démocratique), elle peut l’être dans l’autre (totalitaire). Et le spectacle a tourné autour de la Chine éternelle, la Chine qui n’a besoin de personne puisqu’elle a déjà tout inventé…

 

Ce n’est donc pas tant son attitude au Tibet qui menace l’Empire du Milieu – à terme, il y imposera sa politique – que le retour à son attitude historique d’arrogance et de démonstration de puissance. La Chine n’a de leçons à recevoir de personne pour asseoir sa force retrouvée. Mais si elle veut qu’on l’aime – ce que je crois- , si elle veut ce petit supplément d’âme, elle va devoir apprendre à se faire un peu plus humble. Et à prendre des conseils en communication !

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