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Pourquoi Marseille sera la capitale européenne de la culture 2013

 

Et Toulouse alors ? Je suis originaire de Toulouse, je retourne y habiter dans quelques semaines et je souhaiterais de tout coeur sa désignation. Mais comme vous le constaterez dans mon article, j’ai tâché d’être impartial.

Et Toulouse alors ? Je suis originaire de Toulouse, je retourne y habiter dans quelques semaines et je souhaiterais de tout coeur sa désignation. Mais comme vous le constaterez dans mon article, j’ai tâché d’être impartial.

Bordeaux, LyonMarseille ou Toulouse ? Laquelle de ces villes sera Capitale européenne de la culture en 2013 ? A mon avis, ce sera Marseille. Voici pourquoi.

 

Il y a quelques années, cette distinction purement honorifique, un peu comme les villages fleuris de France, faisait surtout plaisir aux édiles et aux journalistes locaux. Mais Lille 2004 a changé la donne en montrant qu’elle pouvait aussi être un formidable accélérateur de développement. Désormais, tout le monde veut bénéficier de la manne touristique et de l’intérêt des médias. Au point d’aller à Bruxelles en ordre dispersé, sans stratégie et sans programme ? 

 

Un “machin” européen qui peut devenir une manne

On doit le concept de “Ville européenne de la culture” à l’ancienne actrice grecque devenue ministre Melina Mercouri en 1985. Depuis 10 ans, on parle plutôt de “Capitale européenne de la culture” et le processus de nomination est devenu beaucoup plus tortueux, plus bureaucratique, plus inefficace, en un mot plus européen : deux villes se partagent désormais le titre chaque année, parfois trois et jusqu’à huit (en l’an 2000) ! Pour 2008, il s’agit deLiverpool et Stavanger (en Norvège).

 

La France a été distinguée à plusieurs reprises : 1989 (Paris), 2000 (Avignon) et bien sûr 2004. A l’origine, Lille avait choisi de symboliser son renouveau en se portant candidate à l’organisation des Jeux Olympiques. Elle ne les obtint pas mais décida de ne pas laisser retomber l’élan populaire créé à cette occasion et fédéra les énergies autour d’un nouveau projet. Les Lillois – et les habitants des 200 communes associées au projet – surent mettre en valeur leur région d’une façon créative et festive. Et 9 millions de visiteurs les en ont récompensés. La belle histoire ne s’arrête pas là : c’est comme si les projecteurs allumés à cette occasion étaient restés depuis braqués sur la ville. Cet événement a profondément modifié son image et elle a décidé d’en garder le souffle en pérennisant l’“esprit 2004” par l’intermédiaire d’une biennale, Lille 3000, dont la prochaine édition aura lieu en 2009. A Bruxelles même, on a été impressionné. Jamais une ville n’avait autant “capitalisé” précisément sur ce titre de “capitale”. Et on comprend que cela ait aiguisé bien des appétits. 

 

Pour 2013, on sait juste qu’une ville française et une autre slovaque se partageront la couronne. Dans chaque pays, quatre villes sont en lice. Face à Košice, Martin, Nitra et Prešov, on a donc Bordeaux, Lyon, Marseille et Toulouse. Les dossiers doivent être déposés au ministère de la culture dans 10 jours. En septembre, un jury se rendra dans les villes concernées pour mesurer l’ampleur de la mobilisation tandis que les candidats “monteront” peu après à la capitale pour passer leur grand oral. La rue de Valois fera connaître le nom de l’heureux gagnant d’ici à la fin de l’année. 

 

Comment être une grande capitale européenne

Quand on analyse le succès de Lille 2004, succès hors normes répétons-le, on voit qu’il est dû principalement à quatre raisons :

> la ville était déjà européenne et une vraie “capitale culturelle” : ouverte sur la France, la Belgique et la mer, son histoire est prestigieuse. Elle n’a pas attendu d’être reconnue par Bruxelles pour être au coeur de l’Europe.

> la ville avait “besoin” de ce titre. Malmenée par la crise de la sidérurgie et du textile, mal aimée par les élites, Lille était en réalité déjà sur le chemin de la renaissance mais avait la “rage” de le faire savoir. Et les Lillois ont une vraie fierté d’appartenance.

> un concept artistique ouvert sur le monde : un tissu jeune et dynamique, des énergies qui ne demandaient qu’à être libérées. Pour que l’événement devienne populaire, c’est une condition sine qua non. Sinon, on ne mobilise guère que les groupes folkloriques.

> enfin une mobilisation politique forte : mobilisation lors du passage de relais de Pierre Mauroy à Martine Aubry, mais aussi collaboration “cohabitante” avec le soutien actif de Jacques Chirac.

 

Au vu de ces raisons, que peut-on penser des quatre villes en concurrence pour 2013 ?

> La ville au carrefour de l’Europe

Bordeaux – et Toulouse dans une moindre mesure grâce à son tropisme catalan – sont évidemment désavantagées par rapport à Lyon (“terre des confluences”) et surtout à Marseille. Au moment où l’Union pour la Méditerranée vient d’être lancée en grande pompe par Nicolas Sarkozy, nul doute que le projet du maire Jean-Claude Gaudin de mettre en avant sa ville, “platerforme permanente et durable du dialogue interculturel, euroméditerranéen fondé sur l’accueil d’artistes, la transmission des savoirs, la création, le renouveau de l’espace public” trouvera un écho favorable.

 

Nos quatre concurrentes font par ailleurs part du soutien d’autres villes en France et en Europe. Lyon a déjà choisi sa partenaire slovaque, Košice13, tandis que Barcelone soutient à la fois Lyon mais aussi Toulouse !

 

> La ville qui en “veut”

Lyon et Bordeaux ont déjà été gâtées en voyant classer une partie de leur centre-ville au Patrimoine mondial de l’Unesco, y gagnant par là même un joli surcroît de touristes. De plus, l’art de vivre (la gastronomie pour l’une, le vin pour l’autre) ont déjà fait beaucoup pour leur notoriété. 

 

Toulouse, qui a fait reposer tout son développement sur l’aéronautique depuis des années et qui en a maintenant des sueurs froides, le proclame sans ambage : “Au-delà de l’hétérogénéité économique, sociale et culturelle que partagent beaucoup des agglomérations urbaines, ce qui se passe à Toulouse est aussi représentatif des symptômes d’une crise des territoires plus profonde et typiquement européenne en ce qu’elle questionne l’identité même de ces derniers. Le titre de Capitale Européenne de la Culture permettra à Toulouse et à sa région d’apporter des réponses singulières pour créer un territoire innovant, co-produit et responsable”. Le nouveau maire, Pierre Cohen, le reconnaît, sa ville a besoin de ce titre. “Quand les entreprises innovantes regardent où s’installer, elles ont deux critères : les écoles et la culture”.

 

Mais la palme du volontarisme revient une nouvelle fois à Gaudin. Sachant que Bruxelles hésite de plus en plus à subventionner les villes (Gênes en 2004 et Luxembourg en 2007 ont été des bides coûteux, ce qui prouve que le titre n’est pas toujours une martingale), n’hésite pas à promettre : “Nous financerons les 100 millions d’euros nécessaires”. C’est que “1 euro investi va générer 6 euros de recettes, (…) séduire 2 à 3 millions de touristes supplémentaires et attirer 1 million de croisiéristes”. Au delà de sa galéjade, qu’a-t-il prévu pour convaincre les jurés que sa ville, si souvent sous la coupe réglée de la CGT, ne se retrouvera pas capitale européenne de la contestation pendant un an ?

 

> Un concept artistique et festif

C’est la partie la plus fumeuse. Les quatre villes ont envie de gagner, elles ont envie de faire une fête qui durera un an mais question culture, dès qu’elles doivent l’exprimer, on est dans les grandes déclarations de principe… qui ne veulent pas dire grand chose. De L’Europe en chemins (Toulouse) à Bordeaux qui n’a pas vraiment de concept (ou alors il faut le chercher plus profondément que moi sur leur site web ?) en passant par Lyon qui veut intelligemment (mais confusément) devenir une cité de l’image – c’est là que les frères Lumière ont inventé le cinématographe – , c’est encore Marseille avec ses ateliers artistiques euro-méditerranéens qui a le projet le plus clair (voulant faire de la ville en 2013 une cité radieuse, joli clin d’oeil au Corbusier). Bien sûr, on peut toujours me rétorquer que l’événement ayant lieu dans 4 ans et demi, les villes ont encore tout le temps devant elles pour trouver le fil conducteur artistique qui fera la réussite de l’événement. Oui, mais en attendant, sur quoi va se baser le jury ? 

 

(Petit détail significatif. Les villes ont toutes ouvert un site www.nomdelaville2013.eu… sauf Marseille qui a dû prendre une adresse complexe – marseille-provence2013.fr – car les autres variations autour du concept 2013 étaient déjà squattées par d’autres… dont des collectifs artistes, les petits malins !)

 

> L’aspect politique

Au bout du compte, on peut se demander si tout ne vas pas se résumer à une sélection à la tête du maire… qui y jouera en partie sa réélection (les prochaines municipales ayant lieu en 2014). 

 

Dans ces conditions, à la fois pour les raisons évoquées au chapitre euroméditerranéen et pour assurer à Marseille ces fameux 10 à 15 ans d’avance en matière de développement qui pourraient permettre la reconduction de la majorité actuelle, la cité phocéenne est clairement avantagée. A moins que pour s’assurer de la neutralité bienveillante d’Alain Juppé (et de préférence, qu’il reste sur place), l’Elysée ne favorise Bordeaux. 

 

Gérard Collomb à Lyon et surtout Cohen à Toulouse semblent donc constituer à cet égard un “handicap” pour leur ville. On voit mal le ministère de la culture sous tutelle sarkozyse leur faire ce cadeau. Toulouse est particulièrement handicapée qui a changé de majorité récemment (et c’est l’ancienne qui avait initié la candidature bien que la nouvelle la porte avec plus de conviction). Mais surtout, elle est torpillée par celui sensé la porter au nom de l’ancienne (et de la nouvelle) majorité, Olivier Poivre d’Arvor. Il y a quelques mois, il s’épanchait dans Le Point : “J’aime bien Toulouse, mais honnêtement, on ne peut pas dire qu’elle soit au niveau d’une capitale culturelle”. On a connu de meilleures façons de défendre une candidature…

 

Pour avoir une chance de gagner (s’il n’est pas trop tard pour se remettre en question?), les villes devraient :

  1. -mieux mettre en avant leur position centrale et leur rayonnement culturel et historique ;

  2. -mobiliser les populations et les médias (pourquoi, à part en local n’ont-elles pas sérieusement tenté de faire parler d’elles à ce sujet ?) autour du “besoin” qu’elles ont de ce titre ;

  3. -et chercher d’urgence des relais politiques dans la majorité pour les deux villes de gauche.

 

Ah oui, il pourrait aussi être intéressant dans l’absolu de clarifier leur projet culturel mais j’ai comme l’intuition que le dossier ne se jouera pas sur ce critère…

 

La simple arithmétique dans un contexte où la France est à la tête de l’Union Européenne jusqu’à la fin de l’année et où c’est le gouvernement qui a nommé 6 des 13 jurés devrait donc logiquement conduire au choix de Marseille comme Capitale européenne de la culture. Les édiles lyonnais, bordelais et toulousain m’en voudront sans doute mais je n’ai pas fait part ici de mon souhait, simplement de mon analyse.

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