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Hors de la story, point de salut !

 

 

Le billet que j’ai posté hier sur Pixar à l’occasion de la sortie de Wall-E me rappelle une anecdote personnelle qui illustre le besoin qu’auraient certaines entreprises de mieux connaître leur histoire…

 

 

Quand je travaillais à Disneyland Paris, nous avions droit chaque année à la visite de Zoe Leader, vice-présidente de la communication des studios. Elle venait présenter aux cadres européens les films d’animation en cours de production. En effet, il faut travailler 12 à 24 mois à l’avance pour développer des attractions ou des produits dérivés qui puissent être prêts au moment de la sortie des dessins animés. Elle racontait à chaque fois l’histoire de ces films,  présentait les personnages et diffusait des extraits partiellement (ce qu’on appelle un “work in progress”) ou complètement animés.

 

En 1994, Zoe avait axé sa présentation annuelle sur les sorties à venir de Pocahontas, une légende indienne et…Dingo et Max. Le premier parce que c’était un projet ambitieux, dans la lignée du Roi Lion qui venait de confirmer la renaissance de l’animation, le second parce qu’il était réalisé en France par le studio que Disney venait d’y établir. Toute la salle applaudit à ces deux bonnes nouvelles. Moi, j’étais sceptique. Aussi beau artistiquement et musicalement que soit Pocahontas, c’était un film relativement froid, peu engageant et qui ne parlait pas aux Européens (alors que tous les Américains connaissent dès l’école primaire cette histoire vraie). Quant à Dingo et Max, c’était il faut l’avouer un dessin animé très quelconque et qui plus est, basé sur une série télé : qui a envie de payer pour aller voir au cinéma ce qui passe chaque semaine sur le petit écran ? Et il ne suffisait pas de faire appel à la fibre patriotique des Français pour imaginer qu’ils iraient le voir en masse juste parce qu’il était réalisé à Montreuil ! 

 

Dans les dernières minutes de sa présentation, comme par obligation, Zoe nous parla d’un petit film réalisé par des artistes extérieurs à Disney mais qui serait distribué par la Maison. Il s’agissait du “premier film entièrement réalisé en images de synthèse” et il semblait qu’il n’y avait pas forcément grand chose d’autre à en dire. Son nom ? Toy Story  bien sûr. Contrairement à beaucoup de mes collègues, je trouvais non seulement l’idée techniquement intéressante mais surtout l’histoire, toute simple, me semblait très engageante. Et lorsque je vis les premiers extraits, un frisson me parcourut même s’il ne s’agissait encore principalement que de polygones qui n’avaient pas toute la finesse de l’animation achevée. Il était évident pour moi qu’un souffle passait dans ce film. 

 

Le charme des premières fois

Cela me rappelle la conversation que j’ai eue un jour avec l’animateur de légende Marc Davis, un des proches collaborateurs de Walt Disney, alors octogénaire Je lui avais confié que la première fois que j’avais vu Blanche-Neige et les 7 nains, j’avais senti quelque chose de particulier qui n’existait pas dans les autres dessins animés. Il m’avait expliqué que “c’est normal, c’était le premier long-métrage d’animation. Nous avions la foi et je crois que ça se sent dans les images. Nous savions qu’il y aurait d’autres films, plus beaux et mieux animés mais ce ne serait plus jamais la même chose”. Autrement dit, Blanche-Neige a le charme des premières fois. C’est ce même sentiment que j’éprouvai en voyant les premières images de Toy Story.

 

L’erreur de Zoe – et de son auditoire – était compréhensible : personne n’imaginait alors que les jours de l’animation 2D étaient comptés. Mais ce qu’une meilleure connaissance de la story de Disney aurait pu apporter à tous ces cadres, c’est que les artistes de Toy Story croyaient dans leur film comme ceux de Blanche-Neige dans le leur 60 ans auparavant. Ils étaient en train d’écrire une histoire et de faire l’Histoire. Et ça, le public y serait forcément sensible.

 

Mon enthousiasme ne fut sans doute pas assez communicatif car, en dehors d’une petite parade, le parc Disneyland ne prépara pas grand chose pour la sortie du film. Et il n’y eut pas assez de jouets dans les Disney Stores pour faire face à la demande. Car au final bien sûr, Toy Story écrasa largement Dingo et Max au box-office et fit aussi beaucoup mieux que Pocahontas

 

Mais le succès aurait pu être bien plus important en France encore si Gaumont Buena Vista international, le distributeur, n’avait pas fait la même erreur que Zoe en marketant le dessin animé comme “le premier film réalisé entièrement par ordinateur” oubliant au passage de mentionner les artistes devant l’écran. Quel parent aurait envie d’emmener son enfant voir un film juste parce qu’il a été réalisé “par ordinateur” ?

 

On ne le répétera jamais assez : toute communication passer par une histoire. Hors de la story, point de salut !

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