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Wall-E en dit long sur la success story de Pixar

 

 

La sortie de Wall-E, le dernier-né de Pixar, a donné lieu à une unanimité journalistique comme on n’en avait guère vu depuis… Ratatouille, le film précédent du même studio ! Avec Pixar, chaque nouvel opus fait la part belle à une histoire impeccablement racontée ainsi qu’à des personnages inoubliables mais la meilleure story du studio, c’est encore la sienne ! Là réside sans doute le secret de John Lasseter et de ses équipes pour expliquer le nouvel âge d’or que traverse le cinéma d’animation quelque 40 années après la mort de son père fondateur, Walt Disney

 

 

Il était une fois… une lampe de bureau

La société – dont le nom évoque à dessein “pixel” et “art” – est née dans les laboratoires d’effets spéciaux de George Lucas après le succès de Star Wars, afin de fabriquer des ordinateurs et des stations graphiques. Mais le père de R2D2 et de C3PO n’a jamais vraiment réussi à comprendre les “geeks” qui oeuvraient dans ses bureaux. En 1986, il s’est débarrassé de sa filiale en la vendant à Steve Jobs, alors orphelin d’Apple (relisez sa story ici). Le PDG de Pixar, Ed Catmull, un génie de l’informatique, à l’origine de nombreuses avancées dans la 3D, avait un rêve secret : devenir le nouveau Walt Disney. Mais il comprit vite que l’animation 3D aussi potentiellement riche qu’elle fût ne remplacerait jamais la nécessité d’une bonne histoire. Il approcha donc un jeune animateur prodige et excellent scénariste, John Lasseter (qui venait précisément d’être renvoyé de chez Disney). A eux deux, aidés par un Steve Jobs en l’occurrence autant mécène que financier, ils allaient créer la légende Pixar. Une légende qui repose sur l’idée que les gens ne vont pas au cinéma pour voir un film juste parce qu’il est réalisé “par un ordinateur”. Ils vont au cinéma voir un film qui raconte une belle histoire (et qui se trouve être réalisé avec l’aide de l’ordinateur). 

 

Le studio a connu un premier succès avec Luxo Jr. Fidèle aux valeurs de la marque, ce cartoon révolutionnaire reposait déjà moins sur la technique que sur sa capacité à nous faire croire qu’une petite lampe de bureau puisse être douée d’une vie propre. Depuis, Pixar est allé de triomphe en triomphe avec ses longs-métrages, à commencer par Toy Story en 1995. Au début, John Lasseter a bénéficié de son association avec son ancien employeur, qui distribuait ses films en leur apportant la garantie de sa propre histoire. Mais peu à peu, le studio de Luxo est devenu un gage de qualité plus fort que celui de Mickey et c’est pourquoi, quand Disney a officiellement racheté Pixar il y a deux ans, officieusement il s’agissait en fait de la prise de contrôle de l’ancien roi de la 2D par les petits génies de la 3D. Aujourd’hui, Steve Jobs est l’actionnaire numéro 1 de Disney dont les studios sont désormais aux mains de Catmull pour le management et de Lasseter pour les aspects créatifs. Grands connaisseurs et admirateurs du passé de l’auguste maison, ils sont son nouvel espoir pour la revitaliser tout en restant fidèle à la petite lampe qui continue de les éclairer. 

 

Les secrets de Pixar

Le succès de Pixar s’explique en grande partie par l’application de trois principes qui remontent à Walt Disney lui-même et d’un quatrième qui lui est propre. 

 

1 – La force d’une bonne histoire

Tous les films de Pixar sont basés sur des histoires originales souvent “portées” pendant des années par leurs auteurs. Chacune est profondément différente des précédentes, il n’y a pas de formule répétée chaque année et qui finit par lasser. Toutes sont “passées au tamis” plusieurs fois, retravaillées jusqu’à l‘épure. 

> Regardez à ce propos les premières minutes de Wall-E, qui parviennent à nous raconter les 700 ans qui nous séparent de cette Terre du futur sans parole et sans nécessiter un fastidieux prologue comme d’autres studios l’auraient fait. 

 

Chaque story fait appel à plusieurs niveaux de lecture pour permettre aux enfants comme aux adultes d’en tirer une leçon à leur niveau. C’est ce qui a permis à Pixar d’être régulièrement nominé aux Oscars, non seulement dans la catégorie “meilleur film d’animation” mais aussi dans celle, plus prestigieuse, de “meilleur scénario original” en compétition avec des films en prises de vues réelles.

 

Enfin, Lasseter ne se repose pas sur ses lauriers. Ainsi, quand le studio a constaté que son idée de bêtisier – une idée géniale puisque par définition, en animation, il n’y a pas de scènes “ratées” par la faute d’un acteur – était reprise par ses concurrents, il a changé le principe de ses génériques de fin.

 

2 – La fidélité à sa propre histoire 

Walt Disney avait l’habitude de dire “Ne perdons jamais de vue que tout a commencé par une souris”… et c’est pour l’avoir oublié que la maison qu’il a fondée a traversé récemment une passe difficile. A l’inverse, John Lasseter et ses artistes ne manquent jamais de “truffer” leurs films de subtiles références à leur histoire (vous pouvez trouver une liste de ces perles en suivant ce lien). Pixar ponctue également chacun de ses anniversaires par des livres, des éditions spéciales en DVD, des documentaires etc. 

 

Et quand l’entreprise a fait évoluer son logo primitif qui représentait un ordinateur (son origine en tant que fabricant de machines), elle a introduit le petit Luxo Jr. à la place du « i » dans son nom. Afin de ne pas oublier sans doute que pour elle, “tout a commencé par une lampe” ! 

 

3 – Une histoire d’hommes

Comme Walt Disney qui était capable de faire émerger les talents en interne mais aussi d’aller chercher du sang frais à l’extérieur, John Lasseter a eu le courage, pour lutter contre ses propres excès de sentimentalisme en tant que réalisateur (Toy Story, Cars) de faire éclore une nouvelle génération de metteurs en scène au sein même de ses équipes. Et, au besoin, il va les chercher ailleurs comme dans le cas du génial Brad Bird qui a posé un regard distancié et parfois  acerbe sur la  famille américaine (Les Indestructibles). 

 

Et si l’on veut parler de confiance dans les hommes, il faudrait aussi ajouter celle dans le public. “Voilà bientôt deux décennies que la plupart des films produits par Pixar exigent beaucoup de leurs spectateurs pour leur offrir encore plus en retour. Ils procèdent d’un amour du risque et d’une confiance dans l’intelligence de l’auditoire qui va à l’encontre du conservatisme frileux de l’immense majorité des films de distraction venus d’Hollywood” a justement écrit Le Monde.

 

4 – Le principe Pixar

Pour être complet, il faudrait sans doute ajouter aux principes du grand Walt un autre qui est particulier à Pixar : chacun de ses films exprime un point de vue, a quelque chose à dire sur l’actualité de notre monde. On est loin des films gentiment consensuels de Mickey.

 

Ainsi Wall-E, qui remporte déjà un grand succès aux Etats-Unis, s’est-il invité dans la campagne présidentielle. Les conservateurs dénoncent un film “gauchiste et néfaste” qui, par le biais d’une fable écologiste, dénonce les excès de la société de consommation. Il est vrai que Pixar a ses studios près de San Francisco, loin de Los Angeles : l’esprit hippie n’est jamais loin. 

 

Au final, il en va de Wall-E comme des films précédents du studio. Comme l’a écrit Première, “(l’histoire) estracontée d’une façon qui se rapproche de la notion mythique de « cinéma pur » – un équilibre idéal entre l’image, le mouvement et le son pour un résultat à la fois beau, émouvant et compréhensible par tous”. C’est un modèle de définition de ce qu’une bonne story devrait être.

 

(A noter : ce billet reprend, actualise et développe un précédent Bon point décerné à Pixar en mai dernier et que vous pouvez retrouver ici).

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