2008 juillet | le blog du storytelling - Part 3

Archive pour juillet 2008

Retrouver le goût du futur au Futuroscope

Lundi 14 juillet 2008

 

Au Futuroscope où l’on mange mieux en général que dans les autres parcs (grâce à une talentueuse et créative équipe de restauration), il me semblait contre nature, « contre-story » pour ainsi dire, que la cuisine du futur ne soit pas représentée. J’ai donc oeuvré pour l’introduction de la gastronomie moléculaire en son sein avec l’aide du grandphysico-chimiste de l’Inra Hervé This qui en est la figure tutélaire en France. Pour lui, « toute recette de cuisine est une recette de chimie qui s’ignore« . A partir de produits exclusivement naturels, mon ami Noël Gutrin a mis au point de nouvelles saveurs et de nouvelles textures proposés au Cristal, le restaurant gastronomique du parc.


Dans ma recommandation de l’époque, j’ai insisté sur les points suivants : 

> La cuisine moléculaire doit être bonne. La créativité des formes et des ingrédients ne doit pas se faire au détriment du goût sinon c’est l’échec assuré.

> Elle doit être fun. Cet été, la carte (d)étonnante propose notamment un « cocktail des neiges carboniques aux perles de mangue« , une « pièce d’agneau rôti rehaussée à l’harissa virtuelle,  bonbon de ratatouille et injection au basilic » et autres plats tout aussi inventifs.

> Il ne faut pas lésiner sur la pédagogie. Un glossaire a été réalisé et largement distribué pour expliquer et décomplexer le public par rapport à son ignorance ou à ses réticences : « vous faites déjà de la cuisine moléculaire sans le savoir« . Mon équipe de l’époque s’est mobilisée, de l’écriture des brochures aux relations presse en passant par la signalétique du lieu. 


> Il faut que cette expérience soit à la portée de toutes les bourses. Les menus gastronomiques sont à partir de 29 €, ce qui est plus que raisonnable à ce niveau de qualité.

> Enfin, je voulais que les visiteurs puissent « continuer » la story, s’en faire les ambassadeurs auprès de leurs amis… dans le but avoué de les faire venir à leur tour au Futuroscope ! C’est le genre d’expérience dont au parle autour de soi bien sûr mais je voulais aller plus loin. Les équipes des boutiques et de la restauration ont donc mis au point des kits, vendus 15 € pièce, permettant de réaliser chez soi perles d’alginate au Get 27 et autres spaghettis d’agar-agar à la fraise… 


Au final, l’introduction de la cuisine moléculaire au Futuroscope est légitime : elle permet de prolonger la story du parc – « apprivoiser le futur » – sur un nouveau territoire, celui de la restauration. Elle fait parler d’elle sans budget spécifique de communication, les visiteurs qui l’ont testée en étant les meilleurs agents publicitaires. Qui plus est, elle est rentable ! 


Vous reprendrez bien une petite meringue aux cristaux de vent ?

Un bon marxiste est un marxiste aux fourneaux

Lundi 14 juillet 2008

 

Hier, j’ai visité l’expo-dégustation Dans la sphère de Thierry Marx au Laboratoire à Paris (vous pouvez en retrouver le récit détaillé ici). Je sais que le terme « gastronomie moléculaire » fait venir des boutons à beaucoup de gens mais ce n’est qu’une tendance parmi d’autres de la cuisine contemporaine à laquelle on est libre d’adhérer – ce qui est mon cas – ou pas. Quant à la story de ce jeune chef , elle est tout simplement passionnante.


Un chef au parcours atypique

Thierry Marx est un vrai titi parisien, né entre Belleville et Ménilmontant en 1962. Il a connu « la galère de la banlieue, du béton. L’ascenseur social était déjà en panne« . Il voulait faire l’école hôtelière : « On m’a expliqué que je n’avais pas le look, le physique« . Il est envoyé dans un CET de mécanique générale. Il s’enfuit. Il lui reste de cette époque un goût marqué pour les fracassés de la vie : il aide les jeunes de banlieue et rend visite et aide à la réinsertion de prisonniers. Grâce à sa grand-mère, il rejoint les Compagnons du Devoir et devient pâtissier, chocolatier et glacier avant de partir vivre des années tumultueuses et un peu mystérieuses dans les parachutistes aux côtés des chrétiens maronites lors de la guerre du Liban. Il en garde un physique de baroudeur. C’est aussi un amateur averti de judo, de jiu-jitsu et d’aïkido… disciplines qu’il enseigne dans un club à des élèves qui ne savent pas toujours que leur professeur est un chef étoilé !


Il fait ses classes chez LedoyenTailleventAlain Chapel et Joël Robuchon. Il travaille en Asie – il s’évade toujours régulièrement au Japon dont la cuisine kaïseki reste une source d’influence pour lui – avant de s’établir au Relais et Châteaux de Cordeillan-Bages à Pauillac dans le Bordelais – son autre source d’inspiration – en 1994. Un titre de chef de l’année en 2006 au Gault et Millau et deux étoiles au Michelin – on attend avec impatience la troisième  - ont déjà récompensé son parcours à la fois respectueux de la tradition et atypique : patchwork de cuisine moléculaire et de tradition réinventée.


Sa cuisine est à l’image de ce chef iconoclaste qui aime les espumas, les fumets et les perles de saveur. Il utilise l’azote sans complexe. Avec lui, le saucisson est « virtuel » et la tomate « cubique« … même s’il ne refuse pas des plats plus classiques (par exemple son incontournable « pressé d’anguille fumée terre et estuaire« ). Il dessine lui même ses plats et couverts qui doivent parfaitement mettre en valeur les ingrédients qu’il propose.


La cuisine de Thierry Marx n’est pas consensuelle. Tant mieux. J’ai déjà éarit qu’il faut savoir être segmentant, les stories plaisant à tout le monde en général ne plaisent finalement à personne en particulier. Il faut suivre son propre chemin et faire de ses contradictions un avantage. 


On accuse la gastronomie moléculaire d’être une cuisine de laboratoire ? Marx assume et présente une exposition au… Laboratoire, un espace de rencontre entre art et science où l’on parle plus de colloïdes et de whifs que le langage traditionnel des grands restaurants. Les dégustations réalisées servent à la mise au point de la carte d’un futur restaurant ouvert à l’heure du déjeuner, le FoodLab.


On l’attend au tournant de la très haute gastronomie ? Il annonce l’ouverture prochaine d’une boutique rue de Ponthieu, Easy Marx, où l’on trouvera « de bons produits et des plats à emporter ou à manger sur place, réalisés sous les yeux des clients, un peu comme dans les échoppes populaires des quartiers tokyoïtes« , façon de dire qu’il veut réinventer la street food et le fast food !


Il incarne la branchitude ? Il reprend un restaurant déjà has been, Ozu à Paris (sous l’aquarium du Trocadéro) et à Londres en attendant Madrid, en se donnant pour mission de réinventer le concept en quelques mois.


Thierry Marx n’est donc jamais où on l’attend. A commencer dans son entreprise qu’il n’imagine pas immobile : « J’ai appris les codes du management. Ensuite, j’ai mis ma sauce. Ce qu’il faut, c’est faire partager les objectifs à ses équipes. Une fois par semaine, je vois toutes les facettes de l’entreprise. Et deux fois par an, il y a un véritable audit« . Il n’a donc pas fini de nous étonner. Vous l’aurez compris, en cuisine, je suis marxiste. 


Il l’a dit :

« J’ai fait mienne la devise d’un de mes mentors japonais : la cuisine, cela se regarde, cela se médite, cela se mange. »


« Dans ce monde, deux choses me semblent universelles : faire la guerre et se nourrir – malheur et bonheur – depuis la nuit des temps.« 

Ce que Bic doit faire

Samedi 12 juillet 2008

 

La situation de Bic n’est certes pas dramatique : la marque est connue, aimée, et elle réalise des profits. Il lui faut donc simplement revenir à ses valeurs fondamentales en retrouvant sa story pour redevenir une entreprise « à la pointe ». Bruno Bich évoque sur le site de la société « sa vision et ses valeurs« . 


Sa vision : « Nous offrons des produits simples, inventifs et fiables, pour tous, partout dans le monde« . 

- Bic doit continuer à proposer des « produits simples« … ou qui nous simplifient la vie. Dans quelles nouvelles activités pourrait-on bénéficier du savoir-faire de la maison ?

- Bic offre des « produits inventifs » : la marque doit nous surprendre. 

- Bic ne vend que des « produits fiables » : il est nécessaire de contrôler le processus de A à Z. 

- Bic pratique la politique du juste prix, ses produits sont « pour tous« . Elle doit rester une marque accessible et de proximité…. et globale puisque « partout dans le monde« .


L’idée du Bic Phone d’Orange n’est pas un produit simple car il existe déjà ailleurs, il ne nous surprend pas, il n’est pas inventif et il n’a rien de particulièrement fiable en ce sens qu’il dépend du service commercial d’Orange (dont je pense par ailleurs pis que pendre, mais ce sera pour un prochain billet). Bref, Bic n’est pas légitime sur ce produit. 


Dans sa description des valeurs, Bruno Bich n’a parlé à aucun moment de « produits jetables« . Il a raison et cela ne fait pas partie de l’ADN de la marque : le fait que le rasoir usagé ou le stylo vide soient jetables apparaît comme une conséquence de leur simplicité et de leur accessibilité en matière de prix, ce n’est pas une valeur en soi. Si je conseillais Bic, je leur recommanderais simplement d’ajouter à leurs valeurs une petite note environnementale bienvenue : « La conception de nos produits où rien de superflu n’intervient dans la fabrication ainsi que leur leur durabilité minimisent l’impact sur l’environnement« . Cet argumentaire figure déjà sur leur site, je pense juste qu’il doit carrément rejoindre les valeurs fondamentales de la marque.



Il l’a dit : 


« Le Bic Cristal, né volontairement laid et devenu beau parce que pratique, économique, indestructible, organique, est le seul exemple de socialisme réalisé qui ait annulé le droit de propriété et toute distinction sociale« .

Umberto Ecco dans L’Espresso en 1986.

Les vraies raisons de l’échec du parfum Bic

Samedi 12 juillet 2008

 

En 1988, Bic avait déjà tenté une diversification audacieuse en lançant des petits flacons de parfum. Un échec sans appel même si la marque a attendu 3 ans avant de jeter l’éponge. Tous les profs d’écoles de com’ ont fait bosser leurs étudiants sur ce dossier, souvent en se trompant eux-mêmes. Ils critiquent l’idée de base : « vendre du parfum à prix modique » comme antithétique des codes du luxe. Mais quand sont-ils allés pour la dernière fois faire leurs courses eux-mêmes en hypermarché ? Les marques de parfum « cheap » abondent… et se vendent très bien. Non, le luxe à prix révolutionnaire pouvait fonctionner (cf mon billet sur Karl Lagerfeld et H&M).


L’erreur de Bic ne fut donc pas celle de l’intuition du Baron. Ce fut celle de ses équipes commerciales et marketing. 


- Les commerciaux d’abord qui ont choisi comme réseau de distribution celui des débitants de tabac (qui vendaient les briquets qui avaient la même forme que les flacons de parfum). J’ai connu cette situation au Futuroscope : les bars-tabacs sont dans une situation difficile dûe à la baisse de la consommation d’alcool et de cigarettes et cherchent légitimement à se diversifier leurs ventes. Nous avions été approchés pour y vendre des billets. J’ai dû batailler ferme contre le service commercial. On ne vend pas sans dommage pour leur image des produits de rêve – que ce soit du parfum ou un séjour dans un parc à thèmes – dans l’atmosphère viciée de ce genre d’endroits, entre les fumeurs qui vous toussent leur pré-cancer des poumons à la figure et les ivrognes empastissés de la table d’à côté. Dans un tel lieu, le rêve part en fumée…


- Erreur marketing ensuite que ce concept du « parfum nu« . On n’achète pas un parfum juste pour sentir bon. On l’achète pour un univers onirique, pour tout ce qu’il véhicule. Même les parfums Johnny Hallyday (BikerRetiens la nuit) ou Céline Dion (Sensational,Enchanting) sur lesquels je nourris des doutes qualitatifs véhiculent une story, au moins pour leurs fans. Or, un parfum Bic ne véhicule aucune story en soi, il aurait fallu en créer une (autour de la passion du Baron Bich pour l’America’s Cup par exemple), ce que ne permettait pas l’expression « le parfum nu ».

La saga du Baron Bich

Samedi 12 juillet 2008

 

Sens aigu des affaires et grande vista pour comprendre les besoins des consommateurs de l’après-guerre : ce sont quelques-unes des qualités qui ont fait de Marcel Bich un entrepreneur de légende pendant près de 50 ans. 


Né en 1914 à Turin et naturalisé français en 1930, il n’est pas l’inventeur du sylo à bille mais celui qui l’a perfectionné. La « légende dorée » veut qu’il ait eu sa grande idée en poussant une brouette de jardin : alors que les stylos plume qu’il produisait à l’époque grattent le papier et ralentissent l’écriture, il réalise qu’une bille glisserait mieux (comme la roue de sa brouette sur le sol) et permettrait à la main d’écrire « à la vitesse de la pensée« . 


En réalité, son intuition est autre et plus intéressante : il comprend que le stylo à bille, qui peut être produit en quantité industrielle et à un coût très bas, peut devenir l’instrument de la démocratisation de l’accès à l’éducation. Il mettra d’ailleurs 15 ans à faire accepter ce produit sur les bancs de l’école – les instituteurs s’y opposaient au nom de la belle écriture que permet la plume – mais il gagnera ce combat. 


C’est aussi un publicitaire de talent qui raccourcit son patronyme pour en faire une marque au nom immédiatement mémorisable dans toutes les langues : BIC. Son stylo Cristal est un tel exemple de « non design » qu’il en deviendra culte et entrera même dans les collections permanentes du MoMa à New York et du Centre Pompidou à Paris. 


Grand amateur de sports nautiques, le « Baron » Bich a pris part aux courses qualificatives de l’America’s Cup et y a défendu les couleurs de la France en 1970, 1974, 1977 et 1980. A sa mort en 1994, la firme a publié une page de publicité dans les grands journaux, proclamant que « une flamme s’est éteinte« .

Allô, Bic Phone ? Désolé, c’est un mauvais numéro…

Samedi 12 juillet 2008

 

Orange et Bic ont annoncé hier le lancement prochain en France du Bic Phone, un modèle basique dans ses fonctions (mais au design non dénué de charme) et peu onéreux : les valeurs habituelles d’une marque qui fait partie de notre environnement quotidien et suscite la sympathie depuis près de 60 ans. J’ai trouvé l’idée sympa dans un premier temps avant de la juger réellement décevante. Voici pourquoi.


Bic, une histoire de style et de stylo

L’histoire débute dès 1945 quand Marcel Bich, un ancien directeur de production d’une fabrique d’encre, reprend  une usine de pièces détachées de stylos plume et de porte-mines. Mais c’est en 1950 que tout commence véritablement. Cette année là, le stylo à bille Bic Cristal est lancé dans toute l’Europe. Plus de 100 milliards d’exemplaires en ont été vendus depuis !


Son succès permet à l’entreprise de se développer dans le monde entier et de racheterWaterman aux Etats-Unis. D’autres acquisitions suivront : crayons Conté, produits de correction Tipp-Ex etc. Parallèlement, Bic propose avant l’heure une gamme de supports dédiés à la communication : les entreprises qui choisissent de faire graver leur logo sur un stylo Cristal assurent leur publicité… et celle du fabricant français. La société est côtée en Bourse depuis le début des années 70 ce qui lui a permis de financer ses diversifications, toujours avec cette idée du « bic fait, bien fait », le briquet en 1973 et, deux ans plus tard, le rasoir jetable. Le lancement d’un parfum Bic (cf. ci-dessous) sera le seul grand échec.


Après la disparition de Marcel Bich en 1994, c’est son second fils qui lui succède. Depuis 2006, Bruno Bich, qui est resté président du conseil d’administration, a cédé son fauteuil de directeur général à Mario Guevara. Cette décision ne modifie pas l’actionnariat du groupe qui reste majoritairement familial (42,6% du capital mais 58,3% des votes). 


Malgré des résultats tout à fait honorables, le groupe Bic est aujourd’hui à la croisée des chemins et cela n’a rien à voir avec un environnement économique morose. Les inquiétudes de la marque résident en elle. Reposant sur trois piliers – écriture, briquets, rasoirs – et sans nouvelle diversification réussie depuis plus de 30 ans, le Groupe Bic est confronté au ralentissement des ventes de stylos et crayons perceptible aux Etats-Unis et qui traduit un début de désaffection des pays développés pour l’écriture. Les ventes de briquets suivent les mêmes courbes descendantes que celles des ventes de tabac (et il a fallu intégrer de coûteuses sécurités enfants rendues obligatoires par la législation). Enfin, plus largement, les rasoirs jetables sont en régression semble-t-il irrémédiable par rapport aux rasoirs rechargeables, une preuve du rejet de plus en plus perceptible des consommateurs pour un mode de vie « jetable » jugé anti-développement durable. Or, c’est le modèle sur lequel s’est bâti Bic !  


L’annonce du lancement du Bic Phone intervient donc dans un contexte de défi pour la marque. Seules deux couleurs sont proposées dont un orange acidulé du plus bel effet, clin  d’oeil à ses deux géniteurs, Orange et Bic ! Alors que les consommateurs restent friands de téléphones offrant toujours plus de fonctionnalités – à la façon de l’iPhone -, le Bic Phone fait à l’inverse le pari de l’ultra simplicité en lançant en grandes surfaces et commerces de proximité un téléphone ultrabasique à 49 euros. Pour ce prix là, on a droit à une batterie chargée, une carte Sim pré-insérée, 60 minutes de communication, la possibilité de le recharger par Mobicarte et aucun autre engagement. Il s’agit d’un téléphone juste fait pour… téléphoner (et envoyer des SMS). 


Certains opérateurs mobiles virtuels craignent déjà que ce modèle basique ne vienne chasser sur leurs terres et l’attaquent bille en tête. « La marque Bic n’a aucune légitimité dans le mobile. Plusieurs expériences de téléphone jetable ont été tentées aux États-Unis sans vrai succès » déclare ainsi le PDG de Virgin Mobile.


En effet, s’il y a peu de doutes que, face au marché de l’hyper high tech, il en existe un pour le very low tech (mes parents et mes grands-parents se plaignent souvent du nombre de fonctions de leur téléphone « qui ne servent à rien »), le défi sera que ce public déplace une partie de la confiance qu’il a dans les stylos et les rasoirs jetables vers l’achat d’un téléphone… 


Intelligemment, Orange et Bic livrent dans leur communiqué quelques suggestions d’utilisation comme de « disposer d’une seconde ligne pour vendre son appartement ou sa voiture sans être dérangé sur sa ligne principale » ou encore de servir de « téléphone de dépannage au gré des besoins des utilisateurs », « très pratique en période de vacances pour ceux qui ne souhaitent pas emmener sur la plage ou en randonnée leur mobile haut de gamme ».


Néanmoins, en ce qui me concerne, je ne crois pas à la réussite de cette diversification qui reste par trop anecdotique. Il ne s’agit pas d’un vrai produit Bic, au sens d’un produit contrôlé de A à Z par la célèbre marque mais d’un téléphone Alcatel qu’Orange labellise Bic dans le cadre d’un banal accord de licence (un peu comme Citroën avait fait une série limitée Saxo Bic il y a quelques années). Il n’y a donc en réalité aucune valeur ajoutée Bic. D’où ma grande déception

 

Quelques bases hégéliennes au storytelling

Vendredi 11 juillet 2008

 

Zeitgeist: ce nom évoque peut-être pour vous le titre du dernier album des Smashing Pumpkins mais c’est aussi et avant tout un mot allemand qui symbolise « l’esprit du temps présent« . C’est surtout un concept que j’utilise quand je crée ou que je retravaille une story pour un de mes clients. Pour une fois, mon billet aura un tour un peu philosophique mais vous verrez que je ne perds pas de vue ma finalité marketing-com’.


Contrairement à l’anglais qui sépare mind et spirit, voire ghost, le français utilise le même terme, esprit, pour ces trois sens, comme d’ailleurs en grec (πνευμα : pneuma), en latin (animus/anima) et même en mandarin ( : shen). C’est pourtant en allemand que le mot Geist (prononcez « gaïst ») est sans doute le plus polysémique. Ce terme est au centre de la Phénoménologie de l’esprit, l’oeuvre maîtresse de Hegel (1770-1831). Il est aussi au coeur de ma démarche concernant le Storytelling.


Le Weltgeist : le sens profond des stories

L’histoire (avec un grand ou un petit « h ») a-t-elle un sens ? Pour le philosophe allemand à qui l’on doit le concept deWeltgeist (l’esprit du monde), la réponse est oui. Ce Weltgeist n’est pas une réalité historique mais bien plutôt le principe philosophique de l’Histoire. Il désigne donc en quelque sorte l’esprit immuable de l’humanité, les forces au travail depuis le début de l’histoire humaine.


> En matière de Storytelling, je désigne par Weltgeist les éléments des mythes, les thèmes immuables qui font les bonnes stories : l’opposition entre les gentils et les méchants (qui peut se traduire par nous contre nos concurrents), entre la guerre et la paix (les échecs et les succès dûs au marché), les valeurs profondes (l’ADN de votre marque). Lorsqu’on fait appel à mes services, mon premier objectif est de déterminer ce Weltgeist. Même si mon client est le seul à en connaître tous les ressorts, les forces profondes, je suis là pour l’aider à les exprimer.


Le Volksgeist : les éléments datés des stories

Concept plus daté parce que faisant explicitement référence aux événements nationalistes de l’Allemagne (encore non unifiée) du 19e siècle, le Volksgeist, ou esprit du peuple, de la nation, se différentie du Weltgeist en ce qu’il décrit l’âme d’une entité particulière à un instant précis. Autrement dit, pour Hegel, c’est un « instinct » qui porte le peuple ou certains éléments de ce peuple à incarner à un moment donné les forces plus profondes du Weltgeist. Comme cela se produit en fonction de circonstances très précises qui ne se reproduisent jamais exactement de la même façon, on ne saurait juger les événements passés à l’aune de nos valeurs actuelles. Le Volksgeist introduit donc un relativisme (« le passé est le passé« ) critiquable du point de vue philosophique mais bien pratique pour le Storytelling.


> En matière de Storytelling, déterminer le Volksgeist d’une marque est donc relativement simple : il consiste à s’inspirer de son histoire événementielle, de toute son histoire. On peut en tirer deux enseignements :

- D’abord que l’ »histoire événementielle » n’est qu’une partie du Storytelling. Or, certains le ramènent à ce seul aspect, ce qui est réducteur car pour cela, un historien d’entreprise suffirait très bien. Mais on ne tire pas de conséquences intéressantes en soi du Volksgeist.

- Ensuite, qu’il faut assumer toute son histoire (même les moments les moins « glorieux ») au nom du fait que les contextes d’hier et celui d’aujourd’hui ne sont pas comparables.


Le Zeitgeist : des stories pour le temps présent

Par opposition au Weltgeist (l’immuable) et au Volksgeist (le changeant), le Zeitgeist - ou esprit du temps, au sens du moment présent – dénote le climat intellectuel ou culturel d’une époque. Le mot prédate en réalité Hegel – même si c’est lui qui lui a donné toute son importance – puisqu’il est la traduction allemande du titre d’un ouvrage écrit en latin en 1769, Genius Seculi.


Les romantiques – et c’est là que nous retrouvons Hegel – ont personnifié le Zeitgeist à la façon des personnages mythologiques ne se contenant pas d’y voir une abstraction représentant l’état d’âme (l’èthos) d’une personne ou plus souvent d’une élite à même d’imposer son climat psychique à un groupe plus large. 


> En ce qui concerne le Storytelling, le Zeitgeist comprend les leçons qui s’appliquent à la story d’aujourd’hui et guident l’entreprise sur le chemin de son avenir. Le Zeitgeist varie dans le temps alors que le Weltgeist est immuable (et que le Volksgeist ne fait que s’allonger puisque l’histoire événementielle est cumulative).


Application de ces concepts au panache

Pour essayer d’être clair, ce qui avec Hegel n’est jamais évident, je suis parti d’un concept que j’aime, le panache.

> immuable : le génie du panache qui caractérise dit-on les Français dans la bataille. C’est le Weltgeist;

> historique : le panache dont fait preuve Bonaparte au pont d’Arcole : les grands hommes donnent chair à l’esprit. C’est le Volksgeist;

> l’esprit du temps : Cyrano de Bergerac (le héros d’Edmond Rostand, pas le vrai) met sa vie et ses combats sous le signe du panache : c’est une leçon que l’auteur veut transmettre à son époque. C’est le Zeitgeist.


En résumé

Le travail de Storytelling que j’effectue se déroule sur trois niveaux :

l’éternel, ce qui constitue le socle de la marque, ses valeurs, son ADN : le Weltgeist;

ce qui s’accumule, son histoire, sa story au sens le plus basique et anecdotique : le Volksgeist;

ce qu’on a à dire ici et maintenant et qui sert d’avant-goût pour l’avenir : le Zeitgeist.


Je parle là d’un principe philosophique, d’une ouverture d’esprit. Mais quand je travaille un dossier, je cherche une application concrète, à même de satisfaire mon client. Et la bonne nouvelle, c’est que ça marche aussi !


Le Storytelling permet donc de dire :

> qui l’on est : Weltgeist;

> d’où l’on vient : Volksgeist;

> où l’on va : Zeitgeist.

Apple et le permission marketing

Jeudi 10 juillet 2008

 

Mangez des pommes !

Mangez des pommes !

Utilisateur de produits Apple, j’ai donné mon accord à la marque à la pomme pour répondre régulièrement à des enquêtes en ligne. Seth Godin, l’un des gourous actuels de la discipline, est l’inventeur de cette notion de « permission marketing » qui consiste à faire de moi, client type, celui qui requiert l’information d’une entreprise plutôt que de la subir. Le reste du temps, comme sans doute vous tous, je suis énervé par la véritable « pollution publicitaire » qui nous entoure et qui sur Internet se traduit par des spams, des pop-up et plus généralement des bannières en haut des pages. Cette pub là est déjà morte, quand les annonceurs le comprendront-ils ?


 


La dernière enquête que j’ai remplie concerne l’achat de mon MacBook Air. On me demande un certain nombre de renseignements que normalement je n’aime pas spécialement révéler – le montant de mes revenus par exemple – mais que j’indique ici au nom de ce que je suppose leur être utile pour la mise au point de futurs produits dans ma gamme de prix… Surtout, je leur donne « gratuitement  » 15 minutes de mon précieux temps : autant d’éléments qui ont une valeur certaine pour mes homologues du marketing et de la communication d’Apple. Des sociétés sont d’ailleurs prêtes à payer pour obtenir de tels renseignements (pas spécialement sur moi bien sûr, sur vous aussi !).

Mais là où Apple fait très fort et rejoint le sujet de ce blog, c’est en testant ma « fierté d’appartenance » à la marque. Suis-je « fier » de posséder un de leurs produits, me sens-je « partie d’une communauté » et suis-je d’accord avec les assertions suivantes ? « Je suis très favorable envers Apple« , « J’admire et je respecte Apple« , « Apple est cool/branchée » ou encore « Apple conçoit des produits qui correspondent à mon style de vie« . Vous imaginez la force d’une marque qui peut générer « oui » comme réponse à ce genre de questions ?


Le secret d’une bonne success story c’est quand vos clients s’en font les ambassadeurs. Ils s’approprient votre story, la propagent et la continuent à votre place. Ce que je suis d’ailleurs en train de faire avec Apple…

La Nouvelle-Calédonie au Patrimoine mondial : bof !

Mercredi 9 juillet 2008

 

Le contre-exemple : les lagons de Nouvelle-Calédonie 

La France est un des pays comptant le plus grand nombre de sites au Patrimoine mondial depuis sa création en 1979. Cette année, aux côtés des citadelles Vauban, la France a également obtenu la classification des lagons de Nouvelle-Calédonie au titre de la diversité récifale et écosystèmes associés.  »Ces sites sont d’une beauté exceptionnelle et contiennent des récifs d’âge varié, allant de structures vivantes à d’anciens récifs fossiles, qui offrent une source importante d’information sur l’histoire de l’Océanie« . 


Mais alors pourquoi n’en a-t-on presque pas entendu parler à l’exception d’un communiqué auto-satisfait du secrétaire d’état à l’Outre-Mer, Yves Jégo, d’ailleurs très peu repris? C’est que tout le monde ne gère pas la manne de l’Unesco avec le même professionnalisme. Malgré son classement en 1982, la saline royale d’Arc-et-Senans, pourtant un merveilleux ensemble, semble à l’abandon. La Nouvelle-Calédonie ferait mieux de s’inspirer de l’exemple du Réseau Vauban. Quelle story nous racontera-t-telle pour nous y intéresser ?

Comment Vauban est monté à l’assaut de l’Unesco

Mercredi 9 juillet 2008

 

C’est une décoration posthume de plus pour un homme exceptionnel, 301 ans après sa disparition. En session à Québec, l’Unesco a inscrit 12 forteresses bâties par Vauban au Patrimoine mondial. « C’est le résultat de près de quatre années de travail avec les maires du réseau, les experts, nos partenaires, les ambassadeurs et l’État français. Sans doute parce que le patrimoine fortifié apparaît parfois moins prestigieux que le patrimoine civil, nous n’étions que quelques-uns à croire il y a quatre ans à cette idée folle » a commenté Jean-Louis Fousseret, député-maire de Besançon, à l’origine précisément de cette « idée folle« . 


Dans un pays en proie à des guéguerres picrocholines qui nous ont souvent desservi – échec de Paris pour l’attribution des Jeux olympiques par exemple – le génie militaire du grand maréchal n’aurait pas suffi tout seul à obtenir cette prestigieuse distinction. Ce classement est l’ultime étape d’un parcours réussi de lobbying et de marketing au service d’une noble cause. Décryptage.


Vauban, la story

En plus d’être un grand ingénieur militaire, Sébastien le Prestre de Vauban (1633-1707) a eu un destin de légende. Infatigable défenseur du « Pré carré » national qu’il parcourt de long en large pendant des décennies, il a bâti des dizaines de places fortes aux marches du royaume en s’affirmant comme le grand maître de la « poliorcétique« , l’art du siège. Ne disait-on pas : « Ville assiégée par Vauban, ville prise. Ville défendue par Vauban, ville imprenable« ? Mais Vauban s’intéresse aussi aux hommes, il cherche à épargner les vies pendant les batailles. Dans ses rares moments de loisirs, il réfléchit aux moyens d’éradiquer la famine qui sévit de manière endémique tout au long du règne de Louis XIV (sa solution : que l’Etat offre un couple de porcs à chaque famille française afin qu’ils prolifèrent). Surtout, c’est un esprit libre, le seul capable de résister au roi. Ainsi proteste-t-il avec véhémence lors de la révocation de l’édit de Nantes. Lui qui pensait que « tous les hommes naissent roturiers, il n’y a que leurs actions qui les anoblissent » conçoit à la fin de sa vie un projet d’impôt que tous paieraient sans distinction alors qu’à l’époque seuls les pauvres y étaient assujettis. Cette proposition lui vaudra enfin la disgrâce royale dont il mourra de chagrin. Au delà du grand fortificateur, c’est aussi l’humaniste qui nous touche aujourd’hui. 


Vauban, le produit

Au delà des monuments incontestables – comme le Mont Saint-Michel par exemple – et des sites étendus – Val de Loire, quais de la Seine à Paris etc. – l’Unesco autorise aussi les candidatures étalées sur tout un territoire – ainsi les routes du pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle passent par une dizaine d’églises romanes. Sur les 151 places fortes construites par le maréchal, 14 pouvaient prétendre à la classification. Deux ont été recalées car ne satisfaisant pas aux critères de « valeur exceptionnelle universelle«  : la citadelle de Belle-Île par « défaut d’authenticité » (trop de transformations architecturales malvenues) et la demeure de Vauban à Bazoches qui n’est pas une fortification mais un simple château.


Pour un certain nombre de villes, il va falloir procéder à des investissements importants et à une recherche de fonds. « Tout seuls, on n’arrivera pas à faire face, il faut qu’on nous aide« , déplore ainsi déjà le maire de Neuf-Brisach dans le Haut-Rhin, (2.400 habitants) avec ce travers bien gaulois qui consiste à commencer par se plaindre quand on vient de recevoir une bonne nouvelle. Qu’est-ce qui pousse donc les édiles à se battre pour un label aussi coûteux qui impose de nombreuses contraintes ? C’est qu’il constitue malgré tout – ou plutôt avant tout – une formidable opportunité. Besançon espère ainsi augmenter le nombre de ses touristes de 20 à 25%, une estimation conservatrice quand on voit ce qui s’est produit dans le passé pour Provins ou Bordeaux par exemple. Et même Neuf-Brisach pense passer de 20.000 visiteurs par an à… 80.000 ! Monsieur le maire devrait donc finalement pouvoir calmer ses angoisses.


Car le label  »site du Patrimoine mondial » équivaut à une grosse campagne de publicité… à l’échelle mondiale. Je le sais : quand je pars à l’étranger, je suis le premier à consulter au préalable le site officiel de l’Unesco pour savoir quels sont les sites « must see » ! De plus, selon le maire de Saint-Martin de Ré (l’une des plus belles citadelles Vauban), cela entraîne « un tourisme culturel hors saison estivale«  et la désaisonnalisation est un des enjeux majeurs du tourisme moderne. Enfin, cela permet un effet démultiplicateur : ainsi le maire de Blaye (une autre citadelle Vauban) va signer un accord tripartite afin de faire jouer les synergies avec deux autres sites du Patrimoine mondial à proximité : Bordeaux et « les paysages façonnés par l’Homme » de Saint-Emilion.


L’attrait touristique pur se double donc bien évidemment – et ce n’est certes pas blâmable – d’un attrait économique.  Car dans le sillage de l’Unesco, ce sont en général des aides européennes, nationales, régionales et départementales qui se profilent. Sans compter le mécénat privé, à l’instar d’EDF qui avait déjà offert 200.000 eurospour participer à la restauration de tours Vauban et faciliter à la candidature des 14 villes. On pourrait ajouter également l’installation d’entreprises attirées par la notoriété nouvelle d’un site (et aussi souvent par les aides publiques !). Besançon compte à juste titre utiliser aussi cette véritable « arme de guerre » économique. 


Mais, outre les investissements préalables nécessaires, le classement donne aussi lieu à des devoirs. Pour l’avoir oublié, Bordeaux vient d’ailleurs d’être mis sous surveillance par l’Unesco à cause d’un projet de démolition de pont classé et son remplacement par un autre qui dénaturerait l’ensemble du site. 


Vauban, la marque

Le classement au Patrimoine mondial, tout le monde en rêve. Mais l’obtenir est un travail de longue haleine qui demande un grand professionnalisme… dont n’a pas fait preuve la candidature de l’oeuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier, un moment concurrente de celle de Vauban et repoussée sans doute à 2009. C’est en effet dès 2003 que l’homme clé du dossier, le député-maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret a lancé la réflexion. Il a vite réalisé que cela nécessiterait une véritable stratégie pour faire de Vauban une marque et une story…  


Il décide donc de faire travailler les différentes volontés et personnalités dans le même sens au sein d’une association,   »le Réseau des sites majeurs de Vauban«  lancé en 2005 et à l’origine de la constitution du dossier d’inscription devant répondre aux exigences et aux critères de l’Etat français et de l’Unesco. 


Au lieu d’être un handicap, le Réseau va faire de la multiplicité des sites une force : « C’est la série en tant que telle, et non les sites individuellement, qui doit représenter une valeur universelle exceptionnelle et qui mérite à ce titre une inscription sur la liste du patrimoine mondial« . Chaque site fortifié présentera donc une facette spécifique de l’œuvre de Vauban, complémentaire aux autres. Fousseret a bien compris comment « positionner sa marque » : « Les principes novateurs de ce grand bâtisseur ont toujours conduit à l’occupation rationnelle du terrain, dans le souci constant d’épargner le plus de vies humaines (…) Cette reconnaissance au patrimoine mondial de l’œuvre fortifiée de Vauban, serait comme la récompense la plus prestigieuse accordée à la politique de mise en valeur conduite depuis si longtemps dans chacune de nos villes. Elle incitera, à n’en point douter, à de nouvelles et intéressantes initiatives« . Cette déclaration mobilise vite élus et personnalités de la culture dont un ancien ambassadeur près l’Unesco, Jean Guéguinou


 


Le Réseau met en place une série d’initiatives :  centre de ressources et de documentation, des journées d’étude et de formation, des projets de médiation culturelle et pédagogiques, des rencontres, des conférences, des idées de dossiers pour les journalistes etc. Il gère son « rétroplanning » (reproduit en version simplifiée ci-contre) comme une entreprise privée gèrerait un appel d’offres crucial pour son avenir. 


Début 2006, l’oeuvre de Vauban est inscrite – comme celle de Le Corbusier donc – sur la « liste indicative de la France », étape indispensable qui permet un an plus tard au ministère de la culture de décider que c’est ce seul dossier qu’il défendra. 


Le tricentenaire de la mort de Vauban donne lieu à de nombreuses manifestations et expositions qui génèrent de bonnes retombées de presse et montrent aux officiels de l’Unesco la mobilisation de la France autour de cette candidature. Le Réseau met même en place une coopération à l’échelle internatioale (en signant par exemple un protocole d’accord avec l’institut de la grande muraille de Chine) dont le but est évidemment autant de mener des projets en commun… que d’étendre le lobbying.


L’annonce de la classification cette semaine est la récompense d’une action bien menée pour passer de Vauban-l’homme à Vauban-le label. L’union a fait la force et a payé montrant qu’en avançant ensemble, 12 villes et autant d’administrations et de points de vue ont su converger pour faire aboutir ce projet ambitieux.


Vauban, la suite 

Dès l’annonce, Jean-Louis Fousseret a évoqué le projet de créer dans sa ville, Besançon, un centre international consacré au patrimoine légué ou inspiré par Vauban. « En effet, on retrouve son influence sur tous les continents, et d’abord ici même à Québec (où l’Unesco siégeait en session). Mais aussi au Mexique, au Maroc, à Saint-Pétersbourg, à Madagascar ou au Japon« . La success story des sites Vauban ne fait sans doute que commencer. Reste à espérer que les promoteurs de l’oeuvre de Le Corbusier sauront désormais s’en inspirer pour voir enfin leur dossier aboutir. Puisse-t-il en aller ainsi également pour la proposition présidentielle – formidable mais pas gagnée d’avance – d’inscrire notre gastronomie au patrimoine « immatériel » de l’humanité.


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Citation 


 


« Ces sites sont inscrits en tant que témoins de l’apogée de la fortification bastionnée classique, typique de l’architecture militaire occidentale. Vauban a joué un rôle majeur dans l’histoire des fortifications en influençant l’architecture militaire en Europe, sur le continent américain, en Russie, en Turquie et même jusqu’au Vietnam et au Japon. »


Justification de l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Unesco