Chateldon, l’eau de Louis XIV, à moins que… | le blog du storytelling le blog du storytelling

Chateldon, l’eau de Louis XIV, à moins que…

 

Le groupe Castel est un spécialiste des métiers de la boisson – vin et bière principalement mais aussi eaux embouteillées – à qui j’ai décerné récemment un bon point pour sa marque marketing Baron de Lestac. Castel est en effet un excellent Storyteller dès qu’il s’agit de concevoir une histoire pour conférer un vernis d’authenticité à ses produits. Témoin, l’eau de Châteldon.


Ne cherchez pas cette eau pétillante et délicate au supermarché du coin. Comme elle produit annuellement un nombre de bouteilles équivalent à une demi-journée de production de Volvic (groupe Danone), Châteldon a fait le choix d’une distribution restreinte en grande restauration, en épiceries fines ainsi que chez Nicolas (propriété du groupe Castel). Sa célébrité est liée à cette rareté ainsi qu’à sa story.


Selon l’étiquette, cette source auvergnate aurait en effet eu les faveurs de Louis XIV à Versailles. Elle cite d’ailleurs Fagon, médecin de la Cour : “Il est dit que les eaux de Châteldon guériraient quelquefois sa Majesté, la soulageraient souvent et la consoleraient toujours”. Transportée dans des bonbonnes à dos d’âne du Puy-de-Dôme jusqu’à Versailles, elle était donc servie à la table du roi.


Quelle belle story ! L’étiquette or et argent, la date – 1650 -, cette citation, le réseau de distribution select, : en buvant de la Châteldon, c’est un peu de l’Histoire de France qui nous désaltère… Tout concourt à l’authenticité de cette eau chic et chère.


Tout sauf la vérité peut-être. Car si elle est bien consommée sur place depuis l’époque gallo-romaine, ses vertus n’ont été mises au jour qu’après 1670. La date donnée dans la pub est “bidon” et ne correspond à rien de tangible. D’ailleurs, en 1650, Louis XIV et Fagon avaient tous les deux… 12 ans et Versailles n’était encore qu’un ancien relais de chasse de Louis XIII, pas encore le palais qu’il deviendrait quelques décennies plus tard.


Un peu gêné aux entournures quand L’Express l’interroge, le service marketing répond qu' »il faut entendre cette date de manière plus symbolique qu’historique”. Un peu court comme justification, non ?


En fait, la notoriété de l’eau de Châteldon dans la capitale date des années 1930 quand Pierre Laval – de sinistre mémoire -, propriétaire du château de Châteldon, la fit servir au Fouquet’s et sur le Normandie pendant ses traversées de l’Atlantique. On comprend qu’elle se soit fait discrète après la Libération et la condamnation à mort de Laval.


En 1993, elle est rachetée par Neptune, la division “eaux minérales” du groupe Castel qui décide de la relancer sur le créneau du luxe quelques années plus tard. Certes, affirme le service marketing, “nous ne disposons pas d’archives attestant que Louis XIV buvait de la Châteldon, mais la tradition orale l’a toujours affirmé”. Et le maître de Versailles, c’est définitivement plus glamour que Laval ! Du coup, le packaging est revu pour jouer sur cette légencde : étiquette or et argent et soleil louisquatorzien. Une citation est créée de toutes pièces et le tour est joué.


Pourtant, est-on sûr que la Châteldon continuerait d’être exigée par contrat sur les tournages de Penelope Cruz, Sofia Coppola ou Catherine Deneuve si l’on répétait un peu trop fort que la story de Châteldon est purement une trouvaille marketing ?


Quand on crée une story, il est permis de ne pas être totalement vrai tant qu’on demeure vraisemblable (j’ai déjà écrit à ce sujet, par exemple ici). Mais attention au retour de bâton si vos petits arrangements avec la vérité sont découverts. Ici, la faute tient au choix d’une date, pas très vraisemblable justement si vous êtes comme moi féru d’Histoire.


Un bon point pour Châteldon donc, mais nuancé. “Est-ce que ces querelles d’historiens changent quelque chose à son goût exceptionnel?”, demande-t-on l’air faussement ingénu, chez Castel. A votre avis ?

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4 commentaires sur “Chateldon, l’eau de Louis XIV, à moins que…”

  1. Mercotte dit :

    je vais pouvoir frimer chez mes copains restaurateurs avec ce petit plus !! voire même leur donner le lien !

  2. Jean-Paul Vivier dit :

    Voici peut-être une possible explication au mystère de l’étiquette (qui était pourtant fort stricte à Versailles!)
    Antoine Daquin (ou d’Aquin) 1620/1696, reçu docteur en 1648, succède à son père, alors médecin ordinaire du roi, avant de devenir en 1672 premier médecin du roi.
    Il était également surintendant des eaux et fontaines minérales et médicinales de France et appréciait particulièrement l’eau de Chateldon. Remplacé par Guy-Crescent Fagon en 1693, il meurt 3 ans plus tard à Vichy (près de Chateldon).
    Son successeur, comme lui, trouvait de grandes qualités à cette eau et en conseillait vivement la consommation à Louis XIV qui la faisait venir à Versailles par bonbonnes.
    Amicalement.

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