Depuis sa réouverture en octobre 2007 avec Le Roi Lion, le Théâtre Mogador accueille tous les soirs 1.600 spectateurs. Même si le public apprécie avant tout le plus spectaculaire Musical de Broadway jamais produit en France, une part des applaudissements va sans doute aussi au lieu lui-même, redevenu le plus beau théâtre privé de Paris depuis sa reprise par Stage Entertainment et sa spectaculaire restauration.
Les gens de Mogador
C’est un imprésario – on ne disait pas encore “agent” – anglais, Sir Alfred Butt, qui a décidé de doter Paris – et la femme qu’il aimait, la danseuse Régine Flory – d’un théâtre digne des music-halls qu’il dirigeait à Londres, comme le Palladium. L’inauguration a lieu en 1919 en présence du président des Etats-Unis Woodrow Wilson. Mogador s’affirme dès ses débuts comme le temple de la comédie musicale américaine (Rose-Marie, Hello Dolly !), de l’opérette viennoise (L’Auberge du cheval blanc) et de l’opérette française (Violettes impériales, tous les spectacles de Marcel Merkès et Paulette Merval etc.). Il changera plusieurs fois de propriétaires, passant des mains des frères Isola à celles d’Henri Varna, autant de grands noms de l’histoire du music-hall. Mais à partir des années 70, son état de décrépitude – parallèle à celui de l’opérette – ne peut plus être caché par les ripolinades d’un Robert Hossein qui massacre la salle en la recouvrant d’un horrible badigeon marron.
Enter… Stage Entertainment
En 1998, le magnat néerlandais Joop van den Ende – la première partie du nom Endemol – décide de vendre ses activités dans l’audio-visuel pour se concentrer sur le spectacle vivant. Il rachète la division live entertainment du groupe phare de la télé réalité, la base de l’empire qu’il a bâti depuis, Stage Entertainment.
Première entreprise européenne de spectacles musicaux avec plus de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels, elle constitue un modèle unique d’intégration verticale qui repose sur trois activités complémentaires : Stage Entertainment produit des spectacles à succès (Les Misérables, Le Fantôme de l’Opéra, Mamma Mia! etc.) dans la trentaine de théâtres qu’elle possède en Europe et dont elle vend les billets via son propre réseau de commercialisation. Par ailleurs, le kitschissime mais cultissime Holiday on Ice lui appartient aussi. Dans un secteur très mal organisé par ailleurs, Stage a amené le professionnalisme et la rigueur bataves. Pour eux, chaque spectateur doit être traité comme un invité d’exception dès qu’il franchit les portes du théâtre. Le spectacle commence avant le spectacle, par la qualité des espaces d’accueil et du personnel (qui n’est plus rémunéré au pourboire et ne vous sollicite donc plus inopportunément).
Stage Entertainment France, créé en 2005, a donc décliné sur le marché français le mode de fonctionnement du groupe : production de Musicals comme Cabaret - succès critique et public des saisons 2006 et 2007, 350.000 spectateurs – , Le Roi Lion - 3 Molières et déjà près de 500.000 spectateurs – et la tournée de Holiday on Ice, ainsi que leur vente via la billeterie TopTicketLine France.
Faire vivre la story
Mais la plus grande réussite de Stage Entertainment France est peut-être la renaissance de Mogador. C’est la plus importante rénovation d’un théâtre privé parisien de notre patrimoine – d’ailleurs inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques – de ces dernières décennies. Après l’avoir racheté, l’entreprise a également acquis un immeuble de bureaux adjacent afin de pouvoir disposer de plus de surface. Si les deux façades cohabitent, une fois à l’intérieur, on est dans un seul espace, tout simplement magnifique. La climatisation a enfin fait son apparition ! Un sous-sol a été creusé pour permettre l’installation des services techniques les plus pointus de la place parisienne. Mais surtout, la salle a retrouvé ses ors et ses rouges et on a réduit la jauge : moins de sièges (1.600 contre 1.800) mais de meilleure qualité et une visibilité améliorée. Même le foyer – fermé depuis près d’un demi-siècle – a repris ses couleurs de 1919 que les architectes ont retrouvé en grattant les badigeons. Les vestiges d’anciens papiers peints découverts au rez-de-chaussée – un magnifique damas rouge – ont servi de modèles aux nouveaux. Les décors d’époque ou à l’ancienne cohabitent avec un mobilier et des oeuvres d’art contemporaines provenant de la collection personnelle de Joop van den Ende, marquant le retour d’un chic très parisien.
Même les petits salons où l’on prend un verre à l’entracte ont été baptisés “salon Sir Alfred Butt” au rez-de-chaussée et “salon Régine Fleury” au premier étage. Evidemment, la plupart des spectateurs n’y accordent pas vraiment d’importance mais tous peuvent ainsi (res)sentir le poids d’un lieu chargé d’histoire. Et s’ils ont la curiosité de demander au personnel qui était cette Régine Fleury, ils seront sans doute touchés d’apprendre que ce fut par amour pour elle que ce magnifique théâtre a été bâti.
Merci Mademoiselle Fleury !

