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Comment Bill Gates a repris en main sa story

 

« Bill Gates voudrait que les gens le prennent pour Edison alors qu’en fait c’est le nouveau Rockefeller !« . Cette citation assassine de Larry Ellison, PDG d’Oracle et grand pourfendeur de Microsoft devant l’éternel, prend tout son sel au moment où l’homme le plus riche du monde (jusqu’à l’an derniervient de faire ses adieux, les larmes aux yeux à l’entreprise qu’il avait fondée il y a 33 ans. La « story » de William Henry Gates III s’apparente en effet à celle d’un petit génie adulé devenu l’homme le plus détesté de son époque avant de se réinventer dans le rôle du plus grand philanthrope de tous les temps. Et quand on voit le concert actuel de louanges, on se dit que l’histoire est trop belle pour ne pas chercher à la décrypter… 


Acte 1 : l’icône de la révolution informatique 

Bill Gates est né en 1955. Lui et son ami d’enfance Paul Allen sont des bidouilleurs de génie, des « geeks », dans un domaine qui ne faisait encore que bredouiller, l’informatique. C’est ce sujet qu’il veut apprendre à Harvard mais il s’y ennuie ferme et quitte la prestigieuse université à 19 ans (elle se rattrapera plus tard en le nommant docteur honoris causa). En 1975, il fonde avec Allen une société de logiciels informatiques, Micro-Soft (aujourd’hui Microsoft) sur la conviction qu’il y aura un jour « un ordinateur dans chaque maison, sur chaque bureau« . Cette idée ne semblera banale qu’à ceux qui n’étaient pas nés à l’époque !


La petite entreprise se fait connaître entre autres avec ses interpréteurs BASIC et vivote pendant 5 ans jusqu’à la signature d’un fabuleux contrat de partenariat avec IBM. En effet, « Big Blue » lui ayant demandé s’il était capable d’équiper l’ensemble de ses micro-ordinateurs avec un système d’exploitation fiable, Microsoft – qui n’en fabrique pas – s’empresse d’en racheter un sur le marché et de l’améliorer : ce sera MS-DOS. L’accord de licence qui en découle assure la fortune de la firme de Redmond. Ce sens de l’a-propos commercial et cette réactivité seront à la base du succès de l’entreprise. On lui reprochera par cet impérialisme qui consiste à racheter systématiquement les produits ou les entreprises qui font ce qu’elle ne sait pas faire mais c’est avant tout une grande qualité. On appelle « syndrome du NIH » (Not Invented Here : « pas inventé ici« ) cette attitude qui a fait beaucoup de dégâts dans le monde de l’entreprise – comme de la communication. Si vous ne disposez pas des talents en interne, n’hésitez jamais à aller les chercher ailleurs.  


Acte 2 : Kill Bill ou l’homme le plus haï du monde

A MS-DOS succède Windows qui connaît un succès phénoménal à partir de la version Windows 95 et équipera jusqu’à 90%  des PC dans le monde (et dont Windows Vista sorti en 2007 est la dernière incarnation). 


Microsoft entre en bourse en 1986, permettant aussitôt à son actionnaire principal de rejoindre le clan très fermé des milliardaires en dollars. De 1996 à 2007, Bill Gates sera même la plus grande fortune du monde. Actuellement, il n’est plus « que » le 3e de la liste, ce qui lui laisse encore un pactole estimé à 58 milliards de dollars ! 


Logiquement, une telle réussite suscite bien des jalousies. Parfois il s’agit d’un humour un peu douteux comme lorsque Gates est « entarté » en 1998. Parfois, la violence symbolique s’élève d’un cran, comme dans cette scène deSouth Park, le film (1999, cf. ci-dessous) où le chef des armées abat Bill dans un accès de fureur lié à la lenteur de Windows 98 !


« Connaissez-vous une seule entreprise travaillant avec Microsoft qui ne les déteste pas ? » dit-on alors dans la Silicon Valley. 20 ans après sa fondation, la firme de Bill Gates est en bien meilleure santé qu’IBM ou Apple (cf. mon récent billet sur Steve Jobs). Un article très influent de James Gleick dans le New York Times – avec des paragraphes intitulés « Microsoft contre le reste du monde« , « le culte de Bill« , « Microsoft anti-Internet » etc. – attise la haine contre une firme et son PDG qui font désormais peur. « Je crois que Microsoft est la force économique la plus puissante de la seconde moitié du 20e siècle aux Etats-Unis » dénonce Eric Schmidt, un des dirigeants deSun Microsystems.


La bataille se porte bientôt sur le terrain judiciaire. Avec 90% des PC équipés de son système d’exploitation, Microsoft s’adjuge la moitié des revenus générés par l’ensemble du secteur des logiciels ! Les autorités anti-trust américaines s’attaquent donc au géant de Redmond comme à la Standard Oil jadis ou à AT&T. L’arrogance du groupe est alors sans bornes, qui prétend que la loi contre les monopoles ne saurait s’appliquer aux nouvelles technologies ni à la nouvelle économie ! Les juges compareront à juste titre l’aveuglement du PDG de Microsoft à celui de John D. Rockefeller, 80 ans auparavant (cf. encadré ci-dessous). Comme ce dernier en effet, Gates ne semble pas se soucier de son image déplorable.


Ses problèmes sont ailleurs. De fait, le colosse à des pieds d’argile. L’entreprise monopolistique est devenue sa propre ennemie : obsédée par sa domination dans le domaine des logiciels, elle n’a pas vu le monde changer. Elle a raté le virage de l’Internet. Je me souviens d’avoir acheté le livre de Bill Gates, La Route du futur, à sa sortie en 1995. A l’époque, j’avais été choqué de ne rien y trouver ou presque concernant le web que ma génération utilisait déjà couramment (au bureau du moins). Même s’il a su mobiliser tout son groupe derrière lui quand il s’est rendu compte de son erreur, ce retard à l’allumage n’a jamais été vraiment comblé :  MSN n’est pas devenu le moteur de recherche de référence et n’a pas su monétiser son audience etc. Quant aux diversifications en matière de contenus, elles se sont révélées des échecs cuisants. 


Quelque part, la menace que représentait Microsoft s’est éloignée, à cause de ses propres erreurs plus qu’à cause des décisions des autorités. Néanmoins, avec le temps, la position de l’entreprise est à l’apaisement, tant aux Etats-Unis où elle a accepté de dédommager certains de ses concurrents qu’en Europe. Car, entre-temps, les autorités de Bruxelles s’en sont mêlées à leur tour… Aujourd’hui, afin de solder le passé, Microsoft aurait décidé d’accepter de payer une amende de près de 900 millions d’euros (après déjà une première de presque 500 millions en 2004). 


 


Acte 3 : le bienfaiteur de l’humanité

C’est que Bill Gates s’est adouci avec l’âge… et avec l’amour (Nicolas Sarkozy a suivi la même stratégie, cf mon billet récent à ce sujet). En 1994, il épouse une de ses employés, responsable au service marketing, Melinda French, avec qui il a eu trois enfants. Six ans plus tard, il décide de prendre officiellement un peu de champ en laissant la direction quotidienne de l’entreprise à Steve Ballmer, un condisciple de Harvard qui a rejoint Microsoft en 1980. Depuis 2006, il n’occupait plus de fonctions opérationnelles et l’annonce de sa « retraite » au 1er juillet 2008 est donc plus symbolique que nouvelle. 


C’est en 2000 qu’à l’instigation de sa femme a été créée la Bill & Melinda Gates Foundation à laquelle Gates souhaite léguer 95% de sa fortune (les 5% restants allant à ses enfants). Plus de 37 milliards de dollars ont déjà été transférés à cette institution, désormais la plus riche et la plus influente du monde et qui combat le SIDA et la malaria, deux maladies que Gates s’est promis de tout faire pour éradiquer de son vivant. « Pour effectuer notre choix, nous nous sommes demandés quels étaient les problèmes qui touchaient le plus grand nombre et qui avaient été négligés par le passé » déclarent Bill et Melinda Gates sur le site de leur fondation qui choisit ses domaines d’action avec la même exigence de résultats que Rockefeller en son temps (cf. encadré ci-dessous).


En 2005, le couple a été élu « personnes de l’année » en compagnie de leur ami Bono (U2) par le magazine Time. Warren Buffett, président de la firme d’investissements Berkshire Hathaway et proche de la famille, entend aussi léguer la plus grande partie de sa fortune à la fondation. 


Et maintenant ? Bill Gates ne va pas totalement passer la main bien sûr. Après tout, il reste le premier actionnaire du groupe et sera présent au conseil d’administration. La société qu’il a fondée aura toujours besoin de sa « vista ». Le groupe doit passer d’un modèle fondé sur les licences à un autre où ces dernières s’équilibreront avec les abonnements et un modèle gratuit (financé par la pub). Il estime que Microsoft continuera d’occuper 15% de son temps. Sa nouvelle passion ? Les « interfaces humaines naturelles  » pour succéder au clavier et à la souris : la commande par la parole, les écrans tactiles etc.  


En attendant, au dernier CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas en janvier dernier, Bill Gates a montré qu’il avait de l’humour en projetant une vidéo hilarante  consacrée à sa future retraite. Comme quoi l’homme, réputé jadis aussi froid qu’un serpent, s’est humanisé…


La retraite de Gates 33 ans après qu’il a plus ou moins créé l’industrie du logiciel marque la fin d’une ère même si Microsoft n’incarne plus autant qu’avant l’idée de l’entreprise innovante (et dominatrice). Aujourd’hui, c’est sans doute Google qui correspond le mieux à cette idée. Sic transit gloria mundi

 

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