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Impérial Karl Lagerfeld

 

Officiellement, c’est à la Sécurité Routière (pour sa campagne de sensibilisation au port du gilet jaune et à l’utilisations du triangle de signalisation) que je devrais sans doute accorder un bon point mais je vais plutôt le décerner à Karl Lagerfeld qui en est le porte-parole. « C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut sauver la vie » dit-il fort justement. Plus qu’un message d’utilité publique, c’est en réalité la « story » du styliste que raconte cette affiche : son talent, son snobisme, son goût de l’humour vache et… et son sens de l’auto-dérision. 


Arrivé à Paris à 20 ans, il a d’abord travaillé chez Balmain puis pour Patou et Chloé. Depuis 1965, il est le directeur artistique de Fendi (dont il a inventé le logo sous forme de deux « F » se faisant face) mais c’est bien sûr son arrivée aux commandes artistiques de Chanel en 1983 qui l’a fait accéder véritablement à la notoriété. Il a redonné vie à la célèbre maison, un temps en déshérence après la mort de sa fondatrice. Par ailleurs, il dirige aussi sa propre maison de prêt-à-porter et est un photographe de mode reconnu.


Faire de sa vie une marque de fabrique

Indépendamment de son talent – qui est immense – ce que Karl Lagerfeld fait de mieux, c’est bien pourtant de « vendre » son propre personnage de tyran débonnaire. Il contrôle sa « story » comme peu de créateurs savent le faire. Son look étudié – du catogan aux doigts bagués en passant par les lunettes noires portées en tous lieux et surtout quand elles ne servent à rien – fait de lui une icône partout reconnue. En 2000, pour pouvoir enfiler les costumes pour anorexiques créés par Hedi Slimane, alors styliste de Dior (Chanel n’habillant pas les hommes), il entreprend un régime draconien qui lui permet de perdre 42 kilos, une expérience dont il tire bien sûr un livre. Il aurait aimé vivre au XVIIIe siècle et s’est longtemps entouré d’une fabuleuse collection d’objets et de meubles de cette époque. Il entretient aussi le mystère sur son année de naissance : 1933 selon les uns, 1938 si on l’en croit, lui. On sait son besoin obsessionnel de s’entourer de gens très jeunes, peut-être pour conjurer le temps qui passe. 


Ainsi est-il présent dans le jeu vidéo à la mode GTA 4, ultra violent et pas du tout dans l’esprit de la campagne de la Sécurité routière puisqu’on y écrase allègrement les gens… Peu lui importe puisqu’il confesse qu’il n’y jouera pas. En revanche, son avatar virtuel y incarne DJ Karl et mixe un mélange issu de sa propre playlist (il transporte habituellement ses 70 iPods dans une malle faite sur mesure pour pouvoir faire face à toute envie musicale !) et ponctue le tout de quelques commentaires bien sentis.


Ce qui fascine le plus chez lui, c’est sa capacité à alterner distance et proximité, cette dernière qualité lui permettant de rester dans la psyché d’un grand public qui ne portera jamais ses robes. Rien ne l’illustre mieux que la collection qu’il a dessinée pour la marque à petits prix H&M en 2004. Le plus drôle, c’est que les magasins ayant été dévalisés en une heure, c’est Lagerfeld qui a accusé H&M de « snobisme » pour ne pas avoir fabriqué assez de pièces ! La pub cinéma vantant cette collection présentait le couturier comme impérialement froid et méprisant… mais au final sympathique puisqu’il brocardait le manque de goût des très riches (ceux qui lui reprochaient d’avoir mis son talent au service du plus grand nombre avec cette collection). Dans L’Homme sans qualités (un titre de roman qui ne peut certes pas convenir à notre styliste), Robert Musil disait de l’Autriche-Hongrie qu’elle était « K&K » : impériale (kaiserlich) et royale (königlich). De la même façon, quand on maîtrise comme lui jusqu’à la mise en scène de ses défauts, on peut bien dire que « Karl est K&K » !


Pour terminer en revenant sur la campagne en cours pour les gilets jaunes, on peut noter la similitude avec le concept de la Croix-Rouge qui utilise Adriana Karembeu pour égérie depuis 2000. Il y a là le même esprit « la haute couture descend dans la rue ». Et là aussi, on nous raconte un peu la même story : une femme apparemment distante puisque top model qui révèle sa proximité avec nous grâce à sa gentillesse et son humour.

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