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Où va TF1 ?

 

La tourde TF1 se met-elle à pencher cimme celle de Pise ?

La tourde TF1 se met-elle à pencher cimme celle de Pise ?

Certains voient dans l’annonce du prochain remplacement de Patrick Poivre d’Arvor à la présentation du sacro-saintJournal de 20 heures une nouvelle d’importance politique. Pour eux, Laurence Ferrari serait le choix de l’Elysée comme si PPDA était soudain devenu un opposant ! Il n’a pas si longtemps, la nomination de l’ex directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, dans l’état major de la chaîne avait alimenté les mêmes rumeurs. Vous pouvez retrouver une liste des supposées pressions présidentielles, par exemple sur le site le site Post du Monde) pour nourrir votre paranoïa anti-TF1. 


Ce n’est sans doute pas totalement faux de prétendre qu’il y a un certain tropisme sarkozyste chez Martin Bouyguesparrain du petit Louis « Bonne chance mon Papa » Sarkozy. Pour autant, je travaille depuis assez longtemps dans – ou avec – les médias pour affirmer qu’on ne fait pas une chaîne de télé, surtout la première en Europe, surtout quand on a des actionnaires, simplement sur ses préférences politiques (je ne nie pas néanmoins que cela crée des connivences ni même que cela influence des choix éditoriaux). On peut reprocher beaucoup de choses à TF1, par exemple d’être populiste et de viser en dessous de la ceinture chaque fois que l’Audimat est en jeu, mais la chaîne ne risquera jamais de perdre un seul téléspectateur – donc du temps de cerveau, donc de l’argent – pour faire gagner un électeur à un homme politique quelqu’ami du patron qu’il soit. D’ailleurs, n’oublions pas que si le « pouvoir de nuisance » de TF1 était aussi fort qu’on le dit, Edouard Balladur serait président de la République depuis 1995 et les Français auraient ratifié le projet de constitution européenne !  Il y a 50 ans que des études sociologiques très sérieuses ont fait litière de cette légende selon laquelle les médias fabriqueraient l’opinion : tout au plus peuvent-ils l’influencer à la marge (relisez Katz et Lazarsfled à ce propos). 


C’est pourquoi, je crois qu’il faut lire l’éviction de Patrick Poivre d’Arvor pour ce qu’elle est : une tentative de plus de faire du jeunisme. Elle est aussi et surtout une nouvelle illustration du désarroi qui règne dans les couloirs de TF1. Après le retrait des « historiques » de la chaîne comme Patrick Le Lay,  Etienne Mougeotte, Thierry Roland ou Charles Villeneuve, la Une a aussi vu partir Takis Candilis, Julien Courbet (de son propre fait, le concernant) et maintenant Robert Namias

Pendant longtemps, l’histoire de TF1 a été celle d’une « success story ». En tant que premier ministre de Giscard d’Estaing, c’est à Jacques Chirac qu’on doit l’éclatement de l’ORTF et la naissance des trois chaines, dont Télévision Française 1 (TF1),  en 1975. Et en 1987, c’est encore lui, premier ministre de François Mitterrand, qui décide de sa privatisation et choisit l’heureux élu, Francis Bouygues (Sur son site financier, TF1 ne fait d’ailleurs pas remonter son histoire avant la privatisation). Une amitié dont il n’a pas bien été récompensé si l’on en juge par les accusations de balladurisme et de sarkozysme qu’on a fait à la chaîne depuis lors !


Pendant 20 ans, la domination de TF1 a été sans partage. Pourtant, sa réussite était sans doute plus en trompe-l’oeil qu’on ne l’écrit souvent. Certes, il y a encore deux ans, la chaîne totalisait 1/3 de l’audience totale du Paf contre désormais à peine plus d’1/4 mais elle avait déjà en germe quelques-uns de ses problèmes actuels : à part la création de LCI, la plupart de ses autres diversifications n’ont pas donné les résultats attendus. TF1 n’a presque pas de présence à l’international, elle n’a pas parié sur les nouveaux médias que sont le téléphone et Internet assez tôt ni avec assez de pertinence, TPS a été un échec etc. On ne peut donc en vouloir à Nonce Paolini, son PDG depuis 2007, d’avoir pris la mesure des problèmes et de s’y être attaqué même si le marché dénonce le manque de lisibilité de sa stratégie


Pour autant, je ne suis pas sûr que se débarrasser des figures emblématiques de la Une soit la solution. France 2 avec l’affaire Pascal Sevran – non pas l’annonce prématurée de sa mort mais la suppression de son émission – ou RTL – en mettant Philippe Bouvard à la retraite, la station était passée par un trou d’air de 3 ans – en ont fait l’amère expérience. TF1 est un paquebot qu’on ne fait pas changer de cap d’un coup brutal de gouvernail. Le conduire sur l’océan demande de la subtilité. On voit bien que les médias traditionnels, TF1 mais aussi NRJ ou Le Monde, sont aujourd’hui désemparés et s’enfoncent dans la crise. Qui dira la responsabilité des Le Lay, Baudecroux et autres Colombani alors qu’ils ont eu tout le temps pour voir arriver les icebergs ?


La baisse des chaînes hertziennes comme TF1 est historique, elle correspond à un changement profond des habitudes de consommation. Le racisme anti-vieux qui s’exerce contre ses dirigeants ou ses animateurs populaires ne fera donc pas revenir les jeunes qui ont déserté la chaîne et ne peut qu’aliéner le public encore fidèle qui tient à son Pernault du midi et à son régime au Poivre le soir. 


A moins que… à moins que tout cela ne procède d’un toilettage programmé afin de vendre une chaîne certes plus mince – surtout si elle devait être cédée à un concurrent honni comme Lagardère ou Bolloré par exemple – mais assainie financièrement et donc mieux valorisable. En effet, Martin Bouygues ne semble pas avoir le même intérêt sincère pour les « images » que son père qui produisit aussi des film d’auteurs comme La Leçon de piano ou Twin Peaks. Sans doute, sa proximité immédiate avec le pouvoir lui rend également la possession de TF1 et LCI moins indispensable qu’avant pour continuer à exercer son influence. Le site web de Bouygues décrit d’ailleurs l’entreprise comme un simple « groupe diversifié dans la construction et les télécoms-médias » et on prête régulièrement à son patron le désir de lâcher ce dernier secteur (Bouygues Télécom et TF1) au profit d’un investissement forcément onéreux dans le nucléaire. Là est peut-être une des raisons de la brutalité des actuelles manoeuvres de TF1. Ceux qui crient haro sur TF1 à cause de son sarkozysme supposé feraient bien de changer de lunettes et de s’intéresser à ce sujet en prenant un peu de hauteur.


En attendant, il serait dommage de couper le fil d’une histoire qui se tisse depuis près de 35 ans entre la Une et ses téléspectateurs. 

 

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