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Le storytelling pour les néo- (et les auto-) entrepreneurs

9 mai 2016
Storytelling - Réenchantez votre communication (Dunod)

Storytelling – Réenchantez votre communication (Dunod)

En amont de l’édition 2016 du SME (ex-Salon des Micro-Entreprises), vous pouvez retrouver mon interview portant sur le storytelling à l’usage des futurs entrepreneurs. Quelle typologie choisir et quel scénario en tirer pour bien définir votre projet et mieux le « vendre » à vos cibles (financiers, partenaires, médias, clients etc.)

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Et pour en savoir plus : Le livre Storytelling – Réenchantez votre communication est toujours disponible  chez Dunod.

Storytelling - Réenchantez votre communication

Storytelling – Réenchantez votre communication

 

 

 

Cette télé qui, comme Saturne, dévore ses enfants

20 avril 2016
Goya

Goya

L’affaire est insignifiante (le chroniqueur d’une émission médiocre se fait gifler par le juré d’une autre émission médiocre, le tout sur une chaîne médiocre, en lire le compte-rendu par exemple ici) et ne mériterait guère qu’on y attarde mais c’est le buzz du moment et, sur son blog, Laurent David Samara se demande: « et si Joey Starr était Antigone ?«  
 
A l’aune du storytelling en effet, on peut offrir 3 lectures de ce buzz.
 
Ingres

Ingres

Le Petit Journal

Le Petit Journal

La première, si l’on se place du côté de Hanouna, c’est une typologie du jeudi / Jupiter (Zeus) : la puissance arrogante. Le pouvoir de Zeus ne peut être mis en question sinon sa colère sera cosmique (ou dans le cas actuel, simplement comique). Tout le monde doit plier devant lui, d’ailleurs c’est le vrai patron de l’Olympe, pardon de D8, il ne manque pas une occasion de le rappeler.
Delacroix

Delacroix

Dwayne Johnson en Hercule

Dwayne Johnson en Hercule

 
La deuxième, si l’on se place du côté de JoeyStarr, c’est une typologie samedi / Saturne : Tel un Sardanapale, seul son bon plaisir compte. On le cherche, on le trouve : il répond, grande gueule ou par la violence, sans (auto-)censure, sans surmoi, sans limite. Et comme Hercule, sa force est phénoménale.
Rubens

Rubens

300

300

 
La troisième, c’est pour nous, téléspectateurs habituels ou simples spectateurs à notre corps défendant de cette bataille qui agite les réseaux sociaux depuis hier, c’est aussi une typologie du samedi, de Saturne donc, mais différente. Saturne ici, c’est cette télé – en tout cas cette chaîne – capable de dévorer ses propres enfants. Et, tels des guerriers de l’audience, prêts à tout pour nous précipiter dans leur chaudron brûlant de l’audience, ils hurlent, assoiffés de sang télévisuel : « Tuez les tous, (l’Audimat) reconnaîtra les siens »
> Rappel : Les 7 typologies (Apollon / Diane / Mars / Mercure / Zeus / Vénus / Saturne) du storytelling, c’est ici.

Connaître le nom des victimes plutôt que celui des bourreaux

17 novembre 2015
Un attentat aux temps antiques, celui du temple d'Artémis à Éphèse

Un attentat aux temps antiques, celui du temple d’Artémis à Éphèse

En 356 avant J.-C., Érostrate mit le feu au temple d’Artémis à Éphèse, l’une des sept merveilles du monde antique. Dépourvu de tout talent, il y avait vu sa seule chance de passer à la postérité.

 

Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom

En représailles, les Éphésiens prirent la meilleure des décisions, la meilleure des punitions : ils rayèrent son nom de toutes les tablettes afin qu’il soit oublié par la postérité (il est dommage que les autres Grecs n’en aient pas fait de même).

Cette histoire a un autre épilogue : dans la nuit même où le temple brûla, naquit en Macédoine un enfant qui allait changer le cours du monde. Rétrospectivement, on a pu y voir un signe du destin : celui, annonciateur, de la venue d’Alexandre le Grand qui devait le premier tenter unir Orient et Occident.

 

Ceux-Dont-On-Ne-Devrait-Pas-Prononcer-Le-Nom

De nombreux articles parlent du parcours des terroristes derrière les attaques de Paris du 13 novembre, c’est légitime. En revanche, leur identité précise importe assez peu finalement. C’est leur faire beaucoup d’honneur que de les nommer. Et « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde*« .

En revanche plutôt que les noms de ces Érostrates modernes, retenons ceux – et les éclats de leurs vies – de leurs victimes. Et comme pour le temple d’Artémis, ayons confiance qu’il sortira de tout ceci quelque chose de positif pour le monde qui vient.

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* selon une citation couramment attribuée  (apparemment à tort) à Camus

Manger tue (et ne pas manger tue aussi) : le storytelling des peurs alimentaires

26 octobre 2015
visuel d'Amazon

visuel d’Amazon

C’est entendu, la viande rouge est « probablement » cancérogène. Comme à chaque fois qu’une nouvelle psychose alimentaire saisit les médias (et les twittos), j’ai envie d’en revenir à un de mes livres de chevet (je suis passionné par l’histoire de l’alimentation, je ne vous l’ai pas dit ?), aussi court que fondamental : «Histoire des peurs alimentaires» de Madeleine Ferrières (Seuil, 2002).

 

L’ÂGE D’OR DE L’ALIMENTATION, C’EST MAINTENANT

Dans ce livre qui renouvelait profondément notre connaissance de l’histoire de l’alimentation, l’historienne retrace mille ans de peurs alimentaires qui sont aussi mille ans d’apprentissage de l’hygiène et de la chimie culinaire.

Ce faisant, elle balaie nombre d’idées reçues sur un prétendu âge d’or, celui où les produits que mangeaient nos ancêtres auraient été plus sains et plus variés que notre nourriture actuelle.

PENDANT LONGTEMPS, MANGER A PRESQUE AUTANT TUÉ QUE NE PAS MANGER !

Les grandes périodes de disette ? Elles étaient souvent moins dues à la famine réelle qu’au refus culturel des populations de consommer ce qui aurait pu les sauver : les fruits et légumes frais ont ainsi eu longtemps mauvaise réputation et l’on sait qu’il fallut deux siècles après leur importation pour que les paysans acceptent de manger des pommes de terre.

Rappelons d’ailleurs que ce changement est un des premiers exemples de storytelling culinaire : l’agronome Parmentier fit garder ses champs de pommes de terre par des soldats le jour afin d’installer dans l’esprit des paysans l’idée que ces légumes étaient précieux et les laisser les lui voler une fois la nuit venue ! Et il obtint de Louis XVI et Marie-Antoinette qu’ils portent des fleurs de pommes de terre à la boutonnière afin de les rendre plus tendance…

Mais pendant longtemps, l’alternative à mourir de faim était de mourir de ce que l’on mangeait ! Oui, à l’époque, manger pouvait tuer : le bétail était malade, la viande avariée, la contamination de l’animal à l’homme toujours rampante.

 

LE GOÛT NATUREL DES ALIMENTS, UNE INVENTION MODERNE

Quant au goût «naturel» des choses d’antan… c’est une légende. Jusqu’à l’invention du réfrigérateur et le respect de la chaîne du froid, les aliments n’étaient en réalité presque jamais consommés frais. Pour qu’ils soient moins nocifs, on les bouillait, salait ou fumait (les viandes) ou on les enrobait de sucre (les fruits) ou de vinaigre (les légumes).

Pour rassurer le « consommateur » (un mot beaucoup plus ancien qu’on ne croit), on leur redonnait ensuite leur aspect originel grâce à des moules, des colorants, en somme beaucoup d’ingéniosité : ainsi, le paon était refarci de sa chair pour être dressé tout en plumes sur la table de banquet, les fruits confits et pâtes de fruits imitaient la forme des vrais fruits etc. Conservateurs, adjuvants et autres n’ont rien de nouveau !

 

C’EST GRÂCE À LOUIS XIV QUE LES FRUITS ONT BON GOÛT

C’est Louis XIV qui, pour pouvoir manger des fruits et légumes de bonne qualité, demanda à son agronome La Quintinie de les améliorer. Les potager et verger de Versailles faisaient alors l’admiration du monde au même titre que les jardins de Le Nôtre.

Jusqu’à la Révolution, la seule garantie sanitaire pour les clients du boucher, c’était de le voir tuer les bêtes arrivées en bonne santé à son étal. Pendant des siècles, le bétail devait ainsi obligatoirement arriver sur pattes jusque chez le boucher et traverser la ville sous le regard des citadins. Ce qui n’empêchait pas ensuite un juteux marché gris de la viande avariée, les pauvres l’achetant en toute connaissance de cause mais n’ayant pas assez d’argent pour acheter de la chair fraîche. C’est d’ailleurs pour tenter d’améliorer leur santé que les guildes ont séparé bouchers et charcutiers (chair-cuite) afin de responsabiliser les circuits de distribution.

 

ON EST PASSÉS D’UNE CIVILISATION ZOOPHAGE À UNE CIVILISATION SARCOPHAGE

L’une des principales différences avec notre époque selon Madeleine Ferrières est ainsi nous sommes passés d’une civilisation zoophage (qui voyait tuer les bêtes et voulait que les aliments gardent la trace visible de cet abattage) à une civilisation sarcophage : aujourd’hui, on demande au boucher de nous vendre une viande qui ne rappelle en rien l’animal vivant (« Cachez-moi cette tête avec ces yeux qui semblent me fixer !« ), une viande qui soit, si j’ose dire, désincarnée. Encore mieux si elle est cellophanée pour ne plus avoir rien de… bestial.

L’autre grande différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’au vu de ce qui se passait jadis, on n’a sans doute jamais mangé aussi sainement qu’à notre époque ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes qui s’imposent à nous à la lecture de cet ouvrage enthousiasmant et indispensable à tout lecteur gourmand…

 

L’ESPOIR FAIT VIVRE, LA PEUR FAIT VENDRE

Il ne s’agit pas de nier les affaires d’intoxication alimentaires récentes (d’autant plus médiatisées justement qu’elles sont rares) ni les avantages du bio ou du raisonné sur l’agriculture intensive. Encore moins les cas de souffrance animale, tant dans l’élevage que dans l’abattage. Mais simplement de rappeler que si nous vivons de plus en plus vieux et plus longtemps en meilleure santé, c’est sans doute que notre nourriture n’est pas (ou pas «que») ce «poison quotidien» qui génère tant de passions. Mais il est vrai que si l’espoir fait vivre, la peur fait vendre.

 

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(Article publié sous une forme antérieure (2011). Mis à jour le 26/10/2015)

Netflix, à la croisée des typologies storytelling du mardi et du samedi

25 octobre 2015
photo illustrant l'article du JDD (provenance : Reuters)

photo illustrant l’article du JDD (provenance : Reuters)

Dans le JDD de ce week-end, Reed Hastings, fondateur et patron de Netflix, livre deux clés du succès de son entreprise de rupture.

« En France, notre meilleur ennemi c’est Canal + »

Il s’agit là d’une typologie de storytelling classique du mardi (Mars, dieu de la guerre)  : devenir calife à la place du calife. En indiquant à ses alliés la cible à atteindre. C’est très mobilisateur en interne (on se serre les coudes) et crée de l’empathie à l’externe (c’est la typologie d’Astérix face aux Romains, de David contre Goliath). Ça marche et c’est d’autant plus crédible qu’on est le challenger (Pepsi vs. Coca). Mais il faut être prêt à changer de typologie quand on devient soi-même le leader.

« Quand nous choisissons un scénario, il y a une part de data et une bonne dose d’intuition »

Netflix est célèbre pour la puissance et l’efficacité de ses algorithmes et passe pour lancer des séries « calibrées » pour correspondre aux goûts précis mais parfois non exprimés consciemment de ses abonnés (dans une autre interview, le groupe avouait accorder peu d’importance aux étoiles que les abonnés donnent aux programmes et se fier beaucoup plus à ceux qu’ils avaient réellement regardé, qu’ils aient noté/commenté les séries ou pas). Mais pour ne pas sembler désincarné, le groupe a besoin de réinvestir le champ de l’intuition, parler avec ses « tripes » : on est là dans une typologie storytelling du samedi (Saturne, dieu du lâcher-prise). L’entreprise de rupture est souvent du côté samedi, et privilégie l’émotion – la sienne y compris – face à la raison. Deux anecdotes pour l’illustrer :

> Je travaillais chez NRJ (vers l’an 2000) à l’époque où Roberto Ciurleo en était le directeur d’antenne et qu’elle était la première radio de France. Ses concurrentes utilisaient pourtant les mêmes recettes : des auditoriums où l’on faisait écouter à des auditeurs-types les futurs titres prévus pour l’antenne et où ils indiquaient ceux qu’ils avaient le plus envie d’entendre dans les mois à venir. « Pourquoi NRJ marche-t-elle mieux que les autres puisque tout le monde devrait arriver aux mêmes titres ? » demandai-je à Roberto. Sa réponse : « J’écoute à 70% ce qui ressort des auditoriums. Pour les 30% restants, je me fie à mon expérience : je sais quels titres vont marcher même si les auditeurs n’y croient pas à la première écoute. À l’inverse, je sais aussi avant eux ceux dont ils se lasseront vite alors qu’ils n’en ont pas conscience ». Une façon de réhabiliter l’intuition des années avant qu’on entre dans l’ère du big data.

> Quand on s’étonnait qu’Henry Ford ait inventé l’automobile moderne et bon marché sans études de marché (il est vrai qu’au début du 20e siècle, la pratique en était moins répandue), il répondait : « Si j’avais demandé à  mes clients ce qu’ils voulaient, ils m’auraient réclamé des chevaux qui courent plus vite ». Une version plus récente attribue à Steve Jobs une phrase assez similaire : « Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent tant que je ne le leur ai pas montré ». Un côté visionnaire non dénué d’arrogance : voilà qui est décidément très saturnien !

 

Pour en savoir plus sur les 7 typologies de storytelling, un lien vers un article de ce blog et un autre vers mon livre Storytelling – Réenchantez votre communication chez Dunod.

> Remerciement à HomoSapiens pour avoir attiré mon attention sur cet article.

Hollywood à l’ère du jurassique : s’adapter ou mourir

15 juin 2015

 

Les dents de la terre

Les dents de la terre

Le triomphe de Jurassic World qui est le premier film à passer le demi-milliard de recettes au box-office mondial dès son premier week-end (vous remarquerez que ce n’est pas de la qualité artistique que l’on parle ici !) peut inspirer au moins trois réflexions liées à son storytelling :

UNE BONNE SUITE VAUT MIEUX QU’UN MAUVAIS REBOOT

D’abord : Jurassic World revient à une formule éprouvée : celle de donner des suites à de vieux succès plutôt que de tout reprendre à zéro à chaque fois qu’on veut relancer une franchise (l’échec relatif de Spider-Man en a notamment montré les limites). Hollywood n’aime rien tant que les formules. Gageons que le « better a good sequel than a bad reboot » va être son nouveau mantra et que de nombreux projets de reboots vont être requalifiés en (plus) simples (mais plus efficaces) « sequels ».

C’ÉTAIT MIEUX AVANT

Ensuite : le succès du film est indiscutablement lié à un certain sentiment de nostalgie : les références à la trilogie originale Jurassic Park sont nombreuses, surtout pour signifier que, d’une certaine façon, « c’était mieux avant ». À cet égard, le combat final (dont je ne dirai rien pour ne pas « spoiler » ceux qui n’ont pas encore vu le film) l’illustre parfaitement. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures recettes.

Je te tiens tu me tiens par la barbichette

Je te tiens tu me tiens par la barbichette

MISE EN ABÎME, CYNISME ASSUMÉ OU PEUR EXISTENTIELLE ? 

Enfin : le public appréciera peut-être l’ironie d’un film qui dénonce l’appétit des foules pour le « toujours plus » (toujours plus grand, plus fort, avec plus de dents etc., comme quoi, la taille, ça compte !) mais qui en fait un film lui-même susceptible de se décliner en attractions dans les parcs Universal (la même maison-mère que le studio qui a produit Jurassic World). Ca n’a pas manqué : Universal Osaka vient déjà d’annoncer l’ouverture d’un land sur ce thème dès 2016. De la part d’Universal, de Spielberg et des scénaristes, on hésite entre la volonté de mise en abîme et le cynisme d’un Hollywood qui n’a jamais hésité à se critiquer… pourvu que la critique elle-même soit génératrice de billets verts ! Plus prosaïquement, on peut aussi y voir l’interrogation qui taraude cette industrie : face aux météorites que sont Amazon, Netflix ou les jeux vidéo qui lui foncent dessus, Hollywood n’est-il pas au bord de l’extinction ? Y aura-t-il demain des professeurs Hammond et des labos Ingen pour en retrouver l’ADN et le reconstituer ?

La taille, ça compte !

La taille, ça compte !

La bulle du bulbe ou quand une tulipe valait plus cher qu’un Rembrandt

4 mai 2015
Tableau de Sherrie Wolf (sherriewolfstudio.com). Souhaitons à cette artiste que sa cote atteigne celle de Vermeer aujourd'hui ou des tulipes au 17e siècle !

Tableau de Sherrie Wolf (sherriewolfstudio.com). Souhaitons à cette artiste que sa cote atteigne celle de Vermeer aujourd’hui ou des tulipes au 17e siècle !

Comme la spéculation sur l’art ou les valeurs Internet, cette histoire nous enseigne le danger d’une économie hors sol, déconnectée du réel. Quand les tulipes se révèlent aussi « toxiques » que certains actifs pourris des bourses modernes !

Si vous aviez débarqué en Hollande fin 1636, vous auriez un peu eu l’impression d’arriver à Wall Street juste avant le krach de 1929 (ou ceux encore plus récents) : les financiers s’étaient enrichis au delà de l’imaginable grâce au commerce déjà mondialisé et les Pays-Bas vivaient leur âge d’or.

Ce peuple de commerçants habituellement si raisonnable et féru de botanique s’était même pris d’une passion irraisonnée (ce qui, après tout, est le propre de la passion !) pour les tulipes venues de l’Orient mystérieux : c’est à qui s’offrirait les plus belles. Poser pour un portrait de groupe pour Rembrandt et afficher ses plus belles tulipes sur une jardinière côté intérieur de la fenêtre (pour ne pas se les faire voler !) étaient alors le symbole absolu de la réussite sociale. Certains nouveaux riches étaient prêts à dépenser le prix d’une maison ou l’équivalent de 40 années du salaire moyen d’un ouvrier pour acquérir un bulbe rare… Bientôt, presque plus personne n’eut les moyens d’acheter des plantes entières et on se mit donc à spéculer sur les… parts de bulbes !

Et soudain, en février 1637, à la suite de rumeurs sur une possible surproduction à venir qui ferait baisser les cours ou simplement parce que certains réalisèrent enfin l’irrationalité du phénomène, la bourse aux tulipes s’effondra. En quelques semaines, les prix furent divisés par 10, puis par 50 ! Les spéculateurs se retrouvèrent ruinés et une bonne partie de la puissance hollandaise se “fana” instantanément. (Le reste de l’Europe, qui avait observé avec effarement cette folie, fut heureusement relativement protégé de la récession).

Aujourd’hui, si les natures mortes de tulipes peuvent encore se vendre cher (à condition d’être signées d’un nom prestigieux), les bulbes de tulipes, eux, ne valent plus que quelques euros dans votre jardinerie habituelle. Ceci dit, aux Pays-Bas, les champs de tulipes attirent toujours autant les touristes !

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> Pour en savoir plus : La Tulipomania de Mike Dash, Lattès, 2000

Comment un tweet d’une ministre connectée fait enfin entrer un musée dans le 21e siècle…

18 mars 2015
Le tweet de Fleur Pellerin à l'origine du revirement d'Orsay

Le tweet de Fleur Pellerin à l’origine du revirement d’Orsay

Orsay autorise enfin les photos… ou comment un tweet de Fleur Pellerin a forcé le président du musée à manger son chapeau.

Depuis des années, Orsay interdisait les photos dans son musée, presque seul désormais face aux musées intelligents comme Le Louvre ou le Centre Pompidou. Pour protéger les œuvres ? les ayant-droits ? Pas du tout :  Guy Cogeval, son président assume ne pas supporter  les étudiants qui se renseignent sur l’art en allant sur Internet (?!) et que photographier les tableaux au lieu de « les contempler religieusement, c’est ouvrir la porte à un nouvel âge de la barbarie (??!!) » (il faut lire ses propos ici, ils sont hallucinants). En 2015, un président de musée prétend décider qui quand et comment nous nous approprions l’art, comme s’il en était l’unique propriétaire légitime !

Comme je tweete régulièrement sous le hashtag #photoaumusee, j’ai encore plus régulièrement été en butte aux cerbères d’Orsay. Je ne suis pas le seul à résister mais jamais nous n’avions été entendus par les ministres de la culture précédents. Fleur Pellerin, elle, a fait signer récemment une charte #tousphotographes censée être appliquée à Orsay également. Sauf que ce n’était pas le cas.

Lundi, Fleur Pellerin a posté sur Instagram et sur Twitter ses photos du vernissage de l’expo Bonnard à Orsay… avant de se faire rappeler à l’ordre par les twittos: pourquoi elle et pas nous ? Stupeur (sincère) de la ministre qui réalise alors qu’Orsay s’affranchit des règles qui ne sont bonnes que pour le commun des mortels. Dans un premier temps, le musée botte en touche, avec sa morgue habituelle : « La ministre et les journalistes sont autorisés à prendre des photos ». Sous-entendu, pas vous, pauvres barbares.

Aujourd’hui, rétropédalage total. À quelques jours de la #MuseumWeek, Orsay annonce annonce « avoir pris l’initiative de changer son règlement et de lever l’interdiction ». Ils auraient pu s’épargner les moqueries des Twittos en le faisant bien plus tôt mais – saluons cette initiative même si on leur a un peu forcé la main – , mieux vaut tard que jamais pour entrer dans son siècle.

Et maintenant, à l’occasion de la MuseumWeek, j’espère que Guy Cogeval postera un selfie de lui devant une toile de son choix. Pourquoi pas celle d’Edward Burne-Jones, La Roue de la Fortune ? La sienne vient de tourner.

PS : Je soutiens pleinement le droit de prendre des photos au musée. Je soutiens aussi celui de le faire intelligemment (cf. la charte ci-dessus). Photos au flash et perches à selfies ne font évidemment pas forcément partie de ces bonnes pratiques.

Pourquoi Disney ou Apple adorent la science-fiction façon Arthur C. Clarke

11 mars 2015
La 3e loi de Clarke

La 3e loi de Clarke

« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

Le célèbre auteur de science-fiction Arthur C. Clarke a formulé trois lois concernant la science et la technologie dont la troisième, ci-dessus, est la plus connue et la plus souvent citée.

Autrement dit, la meilleure technologie est celle qui émerveille sans qu’on se demande comment elle fonctionne. Un principe parfaitement compris de nos jours par Disney qui vient d’annoncer la mise en place de bracelets connectés facilitant visite dans tous ses parcs ;

Le Magic Band connecté de Disney : "éviter toute abrasion" dans le parcours de visite des parcs.

Le Magic Band connecté de Disney : « éviter toute abrasion » dans le parcours de visite des parcs.

ou encore par Apple qui ne vend ni ne vante jamais l’aspect purement technologique de ses produits. Ce qui lui permet, à l’ère de l’Apple Watch, de faire évoluer son storytelling vers ceux du luxe et de la mode.

Quand Apple achève sa mue et fait disparaître toute trace de technologie au profit des codes du luxe.

Quand Apple achève sa mue et fait disparaître toute trace de technologie au profit des codes du luxe.

Les deux photos de la marche #JeSuisCharlie qui entreront dans l’histoire

12 janvier 2015
"Le crayon guidant le peuple" : photo de Stéphane Mahé symbolisant la Marche #JeSuisCharlie

« Le crayon guidant le peuple » : photo de Stéphane Mahé symbolisant la Marche #JeSuisCharlie

Stéphane Mahé a pris l’un des deux clichés qui semble le mieux résumer ce qui s’est passé ce dimanche en France. Et cet article en raconte la genèse.

"Nation", cliché du photographe Martin Argyroglo symbolisant avec tout autant de force, la Marche du 11 janvier

« Nation », cliché du photographe Martin Argyroglo symbolisant avec tout autant de force, la Marche du 11 janvier

Et voici l’autre cliché, pris par le photographe indépendant Martin Argyroglo, composé et pris pour symboliser tout autant les évènements tragiques et pourtant pleins d’espoir que nous venons de traverser. Avec en tête bien sûr le storytelling du tableau de Delacroix qui rappelle tant de choses aux Français…

La Liberté guidant le Peuple d'Eugène Delacroix

La Liberté guidant le Peuple d’Eugène Delacroix

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Et comme un Post Scriptum, cette Une qui sera celle de Charlie Hebdo ce mercredi 14 janvier, signée Luz. Tant que choses dans ce dessin qui lui aussi a tout pour rejoindre les livres d’histoire…

Le numéro d'après...

Le numéro d’après…